L'alternative républicaine : rénovons le modèle économique et démocratique.

Les événements tragiques que nous venons de vivre ont blessé la France et son peuple dans son intimité. Une vague populaire a déferlé pour signifier son attachement viscéral aux valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité. Au-delà de l’effroi face à l’inqualifiable, ces événements ont permis de réaffirmer nos principes et de ressouder un peuple qui en avait bien besoin. Mais alors que la nécessité defaire corps, de repenser le vivre-ensemble dans une société morcelée se fait jour, le débat de sa condition est aujourd’hui une nécessité. L’esprit du 11 janvier doit insuffler un nouvel engagement du corps politique à l’égard du corps social,nécessaire au renouvellement de notre modèle Républicain.

Car la période que nous vivons à ceci de particulier qu’elle semble traversée par une anomie de la pensée politique. Elle a ceci de particulier que les politiques déployées semblent tomber dans la désuétude dès lors qu’elles se confrontent au réel.Comme si de plus en plus de citoyen-ne-s étaient incapables de penser leur place dans leur propre modernité, de comprendre etd’agir sur le monde qu'ils |elles] ont eux[elles]-mêmes façonné. Pire, de plus en plus de citoyen-ne-s ne semblent en capacité dele penser qu’à partir de préconçus qui les fragilisent, qui les déshumanisent, qui les abrutissent.

L’action politique semble elle-même s’être atrophiée en une juxtaposition de mesures, sans contenu politique mobilisateur pourles citoyens. Le langage politique, quand il n’est pas contaminépar une novlanguenéo-libérale et gestionnaire, semble en décalage avec ce nouveau monde, empli d’incertitude, qui s’ouvre à nous. Le corps social a classifié la Promesse Républicaine d'ascension sociale au rangde mythe inaccessible, pendant qu’une classe dominante prospérait sous l’étoile bienveillante de la reproduction sociale.

Les fondements même de l’idéal républicain sont attaqués jusque dans leur propre légitimité. Ici, l’Ecole,là, la Justice. Tout passe à la moulinette de la méfiance et du soupçon. Le service public comme modèle de société est lui aussi remis en cause, tout au moins dans son organisation, comme s'il était l’expression d’un autre temps.

Parallèlement, dans un contexte d’explosion des inégalités, les classes lesplus populaires expriment aujourd’hui un besoin d’identité, d’individualité quand l’aspiration à l’égalité et à la solidarité semblent devenir parfois secondaires. Le pacte républicain a perdu de son éclat en n’étant plus en capacité d’offrir à tou-te-s, un nivellement des inégalités par le haut. Une élite mondialisée, détentrice du capital, continue d’accumuler jusqu’à l’impudeur, pendant que la multitude des invisibles se meurt de n’être confrontée qu’au déclassement.

Sur le plan de la bataille culturelle ; la gauche semble l’avoir perdue, au profit d’une vision individualiste, conservatrice, communautariste,voire ethnicisante de la société. Mais avons-nous réellement livré bataille ? Certainsd’entre-nous l’avaient annoncé dès 2011 : sans muter l’offrepolitique à gauche, la droite conservatrice gagnera toujours, toutau moins dans les esprits. Aujourd’hui, suite aux événements quenous avons connus, nous n’avons plus le droit de leur laisser lemoindre espace. Nous devons combattre argument politique aprèsargument politique, pour nous imposer face à une vision libérale sécuritaire, dont nous sentons les prémices arriver. Car leurs réponses, nous la connaissons. Ce sera le tout sécuritaire pour ne surtout pas remettre en cause le paradigme néo-libéral, aux fondements des inégalités sociales et territoriales.

Et pourtant, le 15 septembre 2008, la chute de Lehman Brothersconstituait le point de rupture de ce paradigme destructeur. Car depuis la fin du modèle des Trente Glorieuses, les dommages d’une finance coupée du réel s’abattent frontalement sur le monde. Cette vague entraîne au passage une explosion, sans précédent depuis le XIXème siècle, des inégalités, corrélée à la destruction d’un écosystème fragile, que l’on pensait inaltérable. L’ironie decette triste évolution est que le pouvoir politique a construit depuis trente ans cette réalité. C’est par ses propres choix qu’il a permis sa propre perte de pouvoir, son propre affaiblissement et de fait son incapacité à changer la vie.

Après le séisme de la crise et alors que nous pouvions légitimement penser que cette croyance absolue dans les mécanismes d’un marché autorégulateur allait s’éteindre de sa belle mort, cette dernière est finalement parvenue, six ans plus tard à sortir renforcée de cette crise.

Les enjeux et les questionnements sont là devant nous.

Le contrat social Français est en danger. Nous assistons à une crise démocratique majeure et une désaffection, voire une apathie massive des citoyen-ne-s. Leur non-participation àla vie politique et l’abstention lors des élections s’accentuent.Nous assistons ici et maintenant à une sourde et lentedécomposition du système politique. La démocratie elle-même esten danger. La politique est atteinte par le poison du discrédit.Chaque tentative de réforme s’achoppe à la préservationd’acquis corporatistes : ici, les avocats ; là, les médecins.Car faute de modèle mobilisateur et dans une période d’incertitudequant à l’avenir, chacune, chacun, pris dans une vision courttermiste tente de conserver et de préserver ses acquis.

Il faut lucidement faire ce constat, non pas pour pointer du doigttelle ou telle politique menée et accabler une majorité prise dansses contingences. Il faut néanmoins le faire puisque c’est àpartir de ce dernier que nous pourrons retisser le lien entre lagauche et celles et ceux qu’elle est légitimement amenée àreprésenter, et au-delà avec la société Française dans sonentièreté. Il nous faut réformer, rénover, repenser notre modèlede société, en commençant par ce modèle économique tant de foisdénoncé et pourtant encore si destructeur aussi bien socialement qu’écologiquement. Face à la désuétude du système politique actuel, il nous faut nous réinterroger sur le sens de la démocratie dans sa signification la plus large, sur le rôle de nosinstitutions et de la représentation politique. Enfin, face à unrécit républicain en décomposition, il nous faut inventer lecontrat social du XXIème siècle, autour d’un service public renouvelé, moinshiérarchisé, plus lisible pour reconstruire sa légitimité.


Un nouveau cadre économiquepour répondre à l’urgence sociale, économique etenvironnementale.


Aujourd’hui, le débat sur le modèle économique semble s’être consumé dansune succession de pensifs. Soit l’offre ou soit la demande ; soit l’entreprise ou soit les ménages. Voilà les seuls termes du débat que l’on tente de nous imposer. Au-delà de sa vacuité, ce débatest révélateur d’une réalité : notre incapacité à dépasser les paradigmes du passé et les débats idéologique des XIXèmeet XXème siècles. Nous ne pouvons plus résumer le monde en une lutte des tenants d’un marché autorégulateur contre les tenants d’uneéconomie dirigiste. Si nous affirmons que la puissance publique doit seconder l'économie en appliquant une politique économique volontariste en faveur des ménages, nous constatons que l'opposition entre une politique dite de l'offre et une politique dite de la demande est aujourd'hui dépassée et doit être dépassable. L’enjeucentral n’est plus ainsi celui de savoir si nous devons agir sur l’offre ou sur la demande. L’enjeu central est désormais celui de notre capacité à aller au-delà de ces concepts qui monopolisent le débat et à en imaginer de nouveaux mieux à même de définir notre temps. Imaginer un nouveau paradigme, en définissant le modèle économique que nous voulons, en fonction de ce que sommes, en fonctions de nos valeurs. Dans la période actuelle, il est impérieux dele penser pour qu’il réponde aux enjeux centraux que sont la cohésion sociale et la construction de la solidarité.


Mais pour le penser, il faut savoir sortir d’une vision naturalisée des processus économiques. Dans ce cadre, la période post- guerres mondiales, même si elle est souvent idéalisée, nous livre des enseignements intéressants. Car durantles Trente Glorieuses, la richesse créée était distribuée équitablement entre pouvoir d’achat et investissement ; non pas par le fruit d’un bienveillant hasard, mais bien parce qu’un cadre global, suite de compromis sociaux et politiques, le permettait. Plein emploi, mobilité sociale, puissance publique forte et répartie équitablement sur le territoire ont nourri lesentiment d’appartenance à un destin commun et à la République.


Or, depuis la fin des années 1980, la finance libérée de ses frontières physiques par la dérégulation, a cassé ce compromis, entraînant le passage de plus de 10% de la richesse créée du travail vers le capital. La libéralisation financière a permis aux capitaux d'être beaucoup plus mobiles et de mettre en concurrencedes travailleur-ses eux-[elles]-mêmes assigné-e-s à résidence.Par conséquent, le facteur travail, qui était un maillon fort dusystème des Trente Glorieuses est devenu dans le cadre du modèlefinanciarisé, une simple variable d’ajustement, au serviced’investisseurs, aux exigences toujours plus importantes.


Ce changement de paradigme s’est construit conjointement avec une accélération de la mondialisation. Loin de l’image d’heureux village véhiculée par ses ardents défenseur-ses, la mondialisation des années 1990 a entraîné aucontraire une profonde restructuration de l'économie, se révélantcomme un vecteur de mise en concurrence de tout par tout, de tous partous ; tout comme un accélérateur de la dégradation de notreplanète. Combien d’usines, d’entreprises, d’emplois ont étésupprimés à cause du dumping social et la concurrence déloyale ?Combien de régions ont été dévastées ? Combien d’hommeset de femmes ont été rongés par la culpabilité d’avoir perduleurs emplois ? Combien d’engagements politiques non-tenus ence domaine ? Florange et Gandrange étant les étendards d’uneparole politique décrédibilisée, car pris dans les contingencesd’un paradigme destructeur.


Car la question du paradigme économique n’impacte pas simplement les échanges marchands ou financier, il impacte les relations humaines dans leur ensemble et donc le modèle de société dans lequel nous voulons vivre. En ce sens il ne peut être laissé à la discrétion d’experts ou de technostructures gérant ses contingences. Il doit être un espace permanent de débat ouvert, au sein duquel la politique doit retrouver des marges de manœuvre. Or aujourd’hui, il semble déserté au profit d’une vision néo-libérale toute puissante et se présentant comme inéluctable, naturelle, intemporelle.


Cette vision d'une économie toute puissante, capable de résoudre tousles problèmes humains par le seul marché, s'est révéléeincapable de répondre aux défis de notre temps : la criseécologique et la transition énergétique. Notre monde est toujoursconstruit sur le même modèle économique que celui del'après-guerre. Or, un modèle consumériste, basé sur un pétrolefaible, négligeant l'écosystème pour le seul profit ne plus continuer ainsi. Notre monde subit les effets du changement climatique sans que le marché et ses solutions n'y puissent grand chose. Le modèle de développement occidental mondialisé doit être repensé pour être plus sobre en énergie et contribuer ainsi à l'essor de nouveaux secteurs technologiques, aujourd’hui incapables de rivaliser avec la puissance du « tout pétrole ». La transition énergétique doit prendre une place plus fondamentale dans notre projet de société, pour que toutes et tous nous contribuions individuellement comme collectivement à vivre sur une Terre saine et sauve. Tant que nos comportements ne sont pas changés à temps et progressivement, nous ne pourrons qu'y faire face etrisquer des sacrifices trop énormes.


Notre projet commun pour l’élection présidentielle de 2012, tant dans son analyse que dans ses réponses apportées, reste aujourd’hui d’une puissance très forte. Tout d’abord, parce que nous réaffirmions que le modèle économique néo-libéral n’est pas naturel, mais bien le résultat d’un travail de longue haleine : celui d’institutions qui le défendent. FMI, Banque Mondiale, OMC, BCE, Commission Européenne etc., autant d’institutions, créées par le politique et qui, chaque jour, naturalisent ce cadre, en leprésentant comme le seul possible. D’autre part, ce paradigme néo-libéral que notre projet remettait en cause reste le même aujourd’hui : prééminence des marchés financiers sur le politique, libre-échange destructeurs et avilissant, aussi bien pourles peuples des pays développés que ceux en développement.


Le rôle du politique est de supprimer, d’inventer, de modifier ou de réorienter ces institutions afin qu’elles agissent dans le sens souhaité. Et c’est là que se joue l’essentiel du travail que doit porter la gauche.


Et il nous faut continuer ces combats que nous menions et qui parfois semblent laissés au bord du chemin : la taxation et la régulation des flux financiers, la mise en œuvre detaxes sociales et écologiques aux frontières de l’Europe, la reprise en main par le politique des grands déterminants de politique économique que sont les politiques budgétaires et monétaires, doivent être le cœur de notre action, car ils participent à la logique d’affaiblissement du modèle néo-libéral.


Cependant, nous devons lucidement admettre que notre détermination n’a su trouver suffisamment d’échos dans nos actes pour convaincre. Car notre volonté de réforme de ces institutions n’a su s’incarner dans un projet plus global de société, qui permette de créer un vrai mouvement d’adhésion aussi bien national qu’européen. C’est le chaînon qu’il nous a manqué et qu’aujourd’hui, encore plus qu’hier, il nous faut construire. Et ce nouveau paradigme, il faut le co-construire avec les citoyen-ne-s, ens’appuyant sur toutes les dynamiques locales qui aujourd’hui seconstituent de manière autonome.


Car de vrais motifs d’espoir dans la construction d’un nouveau modèle, qui puisse entraîner la Nation dans son sillage émergent. De nouvelles idées jaillissent, elles attaquent désormais les sources même de la puissance de la pensée néo-libérale, en revisitant les notions d’échanges, d’usage, de bien et de production au travers de ce qui semble être un nouveau concept, celui du Commun. L’idée centrale du Commun est d’atténuer la domination de la notion de propriété. Le Commun vise à définir ce qui nous appartient à toutes et à tous et qui ne sauraitappartenir à un individu. L’idée du Commun nous permet deréactiver des valeurs qui nous sont chères, celles de lasolidarité, de l’entraide, de la justice sociale et de l’égalitéen nous offrant un nouveau cadre. Le combat de la gauche estdésormais celui de construire et d’irriguer l’espace social deces valeurs, capables de rivaliser avec les normes néo-libéralesdominantes, pour penser et défendre un nouveau modèle de société.


Le Commun, en tant qu’objet politique, nous permet de sortir d’une vision dépassée de la question économique, ni totalement « marché », ni totalement « État », mais se situant à l’interstice. Entre première et deuxième gauche, en somme. Il privilégie plutôt la notion d’usage, car la nécessité n’est pas tant de posséder que de pouvoir utiliser, créant au passage du lien social. Il favorise une transition sociale et écologique en inversant l’ordre des valeurs. Plutôt qu’une société traditionnelle entièrement tournée vers la recherche du profit immédiat, c’est un basculement vers une société «  prévenante » qu’il engendre. Il faut passerd'une société de gestion des risques à une société deprévention des risques, capable de prendre soin de celui quiproduit, dans quelles conditions et pour quels usages. Mais aussiprendre soin de la nature, des personnes et du lien social. C'est enquelque sorte, aboutir au « Care ». Et dans ce cadre, certaines activités humaines doivent sortir de la logique purement mercantiliste du marché, car elles sont trop vitales pour la société dans son ensemble. La santé, l’éducation, la culture, la sécurité, la qualité de l’air, de l’eau, les transports, entre autres, sont des domaines qui ne peuvent être laissés au seul marché. Car comme nombre d’expériences catastrophiques nous l’ont prouvé, la somme des intérêts individuels n'est pas égale à l’intérêt collectif.


Et ce processus est à l’œuvre, partout, nous voyons émerger des espaces féconds de mobilisation de ce nouveau paradigme. De nouvelles formes de solidarités, d’organisations de l’Entreprise émergent. L’Économie Sociale et Solidaire, l’Économie Collaborative, les SCOPs, les espaces de coworking, les fablabs, un milieu associatif professionnalisé sont autant de nouveaux moyens de produire, de récupérer et de réutiliser, qui essaiment un peu partout. Les progrès permis par loi Économie sociale et solidairedu 31 juillet 2014 ouvrent le chemin permettant à ces nouvelles mobilisations de se développer. Toutefois, il est urgent de poursuivre ce mouvement pour ainsi donner à ces lieux de solidarité la place qu'ils méritent dans notre société.

De vraies modifications cognitives autour du bien économique voient le jour. Sa longévité, sa provenance, sa réutilisation, son mode de production sont désormais des enjeux, comme la montée de la place du made in France en témoigne. Le bien devient un enjeu de solidarité, alors qu'il n'était, il y a peu, qu'un objet d'affirmation de sa patrimonialité. Il dépasse ainsi sa simple forme purement matérielle pour intégrer les processus de production. Est-ce que ce bien est produit enFrance ? Dans quelles conditions sociales et écologiques ? Ces questions sont aujourd’hui de plus en plus importantes auxyeux de nos concitoyens. Pourtant, déjà, le greenwashing et le social-businessont détourné l'ambition initiale de ces produits citoyens, et sinous n'y prenons pas garde, ce qui était initialement un progrès, ne sera bientôt plus qu'un moyen pour certaines entreprises de cacher derrière un logo, ou un label, des pratiques bien plus condamnables que ce que laisse penser leur image de marque.


Pour commencer à penser ce nouveau modèle, ilnous faut sortir de l’illusion de la spécialisation, pour favoriser des productions agricoles, industrielles et de services diversifiées, de moins en moins énergivores et économiques entransport. Il nous faut donc collectivement définir ce qui appartient au domaine du Commun, car, comme tout concept, il est malléable. C’est un enjeu éminemment politique qu i nécessiteque nous puissions repenser notre modèle démocratique pourpermettre aux citoyen-ne-s de co-construire ce concept. Le récitcollectif, bien que vivant et réactivé par les derniers événementstragiques que nous avons vécu, doit être réinventé


Pour penser mieux, différemmentle monde dans lequel nous nous situons, il nous faut repenser notremodèle démocratique


C’est là, tout l’enjeu, commentré-enchanter le Politique, dans son sens le plus large, celui deconstruire ensemble, en commun un modèle de société. Aujourd’hui,une large partie de nos concitoyennes et de nos concitoyens nepeuvent plus concevoir la Politique comme un espace vertical, venantdu haut et s’imposant à eux. La Politique reste inscrite dansl’ADN des Françaises et des Français, alors que le microcosmepolitique est quant à lui déserté. Partis politiques qui se videntde ses membres, abstentions massives aux élections sont lessymptômes d’un même mal.


Notresociété dans son ensemble a un besoin de re-démocratisation, carsous le vernis de l’égalité républicaine, nous observons dans lasociété française certains traits des sociétés oligarchiques,cumulant les privilèges. Privilèges de naissance, lorsque que l’onregarde la provenance sociales des élites politiques,journalistiques comme économiques ; privilèges des réseaux,lorsque, dans une période de chômage massif, les relations et lesconnaissances sont privilégiées aux compétences. Cette réalitémine l’idéal républicain. Ainsi, pour une part grandissante de lapopulation, l’État, autrefois expression et manifestation de lavolonté populaire, semble être devenu au mieux un frein à leursprojets, au pire une force qui s'oppose à leurs aspirations.


C’estdonc un nouveau modèle démocratique qu’il nous faut penser, carla démocratie ne saurait se résumer soussa forme représentative, par le dépôtd’un bulletin de vote tous les cinq ans ; mais doit s’incarnerdans le quotidien et les relations sociales qui le caractérisent. Etla démocratie c’est avoir le sentiment de pouvoir prendre part auxdécisions sur les choix qui régissent son quotidien ; c’estpenser que l’égalité entre toutes et tous est réelle et non pasun concept éloigné, s’appliquant aux autres ; c’estpouvoir imaginer, que soi-même, ou sa voisine, son voisin, sonsemblable peut, un jour, avoir accès aux plus hautes fonctionspolitiques.


Re-démocratiser, c’est aussi élargir laréflexion politique, la sortir du cercle de cette petite élite,formée aux même écoles et aux mêmes recettes politiques. LaFrance se meurt de ne savoir se réinventer. Mais pour se réinventer,il faut pouvoir réfléchir autrement, comprendre le mondedifféremment et quoi de mieux que la diversité des parcours, dumilieu social d’origine pour permettre cela.


En ce sens le Parti Socialiste a un rôlemajeur à jouer. Ce rôle est celui de s’ouvrir à la sociétédans son ensemble, en portant un regard particulier sur les classesles plus populaires. Son rôle c’est de leur permettre, au traversdu parti, de se former politiquement pour ensuite parvenir aux plushautes fonctions de représentation. Il nous faut nous réouvrir auxclasses populaires, fluidifier notre mode de fonctionnement, redonnerun sens à l’action politique, sans quoi nous continuerons dans cetriste chemin qu’est celui du recul démocratique. Mais changer nospratiques ne saurait être suffisant pour aller toucher celles etceux qui en ont le plus besoin. C’est par notre capacité àconstruire un autre chemin, plus inclusif, plus juste, pluségalitaire, qui entrouvre des solutions concrètes auxproblématiques des quartiers, des villages, des bourgs et des villesles plus défavorisés, que nous aurons une chance d’y parvenir. Ensomme, c’est un défi, mais ne pas tenter de le relever serait uneerreur historique.


Re-démocratiser, c’est se saisir dudéveloppement du numérique : l’accès à l’information età la connaissance se trouve révolutionné. L’horizontalité commemode de fonctionnement, tant dans la transmission d’information quede la prise de décision devient et deviendra de plus en plusimportant. Cette horizontalité, caractéristique d'une sociétédans laquelle le corps social n'est plus structuré verticalementautour d’une richesse bourgeoise faiseuse de l'identité sociale etconformiste, mais définit au contraire une société de pairs quipartagent les mêmes besoins, les mêmes envies tandis qu'ils etelles ne sont pas issu-e-s du même milieu social et n'ont pas lesmêmes comportements sociaux.


La connaissance qui se démocratise réinterrogenotre manière de fonctionner. Nous ne pourrons construire un projetpolitique d’envergure et de société, sans qu’il soitco-construit et approprié par les citoyennes et citoyens. Il nousfaut trouver les moyens d’investir de manière plus forte cesespaces et ce mode de fonctionnement horizontalisé, pour enrichir,diffuser et imprégner l’espace social de nos propositions.


Maisil ne faut pas idéaliser ces nouveaux modes d’expressionpolitique, car au-delà de l’enclavement social, géographique, quesubissent les habitant-e-s de nos quartiers les plus défavorisés etde nos communes les plus isolées, ces nouveaux modes decommunication et d’information participent parfois à une formed’enclavement des esprits, du fait de l’illectronisme de nosconcitoyennes et concitoyens, leur incapacité à utilisercorrectement les nouvelles technologies, en renforçant desprésupposés nuisibles au vivre-ensemble.


Cettehorizontalité qui se développe est un atout dans la démocratisationdu débat politique et l’appropriation par les citoyen-ne-s dudébat public. Mais force est de constater que ce phénomèned’horizontalité s’achoppe au jacobinisme français, issu de sapropre Histoire. Il renforce encore l’anachronisme d’un systèmepolitique français, où l’exercice vertical du pouvoir, lareproduction des élites et la personnalisation des institutions estla règle.


Notreorganisation collective doit se réinventer, pour coller à laréalité sociale et aux évolutions de notre monde. La VIèmeRépublique est une nécessité historique, tout comme un espace derassemblement de la gauche. Elle doit sortir de l’espace dudiscours pour intégrer celui de la réalité concrète. Et dans cedomaine, nos propositions ne sont pas nouvelles et se déclinent enquatre grands principes :


  1. Assurer l’essor d’unecitoyenneté revitalisée, avecnotamment un droit de vote élargi et étendu. Les étrangers-èresrésidant légalement sur le territoire français depuis cinq ansdevraient pouvoir voter aux élections locales et régionales. Maisbien au-delà, à l’heure d’une démocratie du Commun, lescitoyen-ne-s auront une plus grande place dans le processusdélibératif au niveau local et au niveau national, par une refontede notre notion de démocratie participative, pour contribuer àl’essor d’une citoyenneté responsable aussi bien des affairescommunes que de la Chose publique. Dès lors, il devient nécessairede revoir la loi sur la démocratie de proximité en donnant denouvelles compétences, concrètes et effectives aux Conseils deQuartier. De même, il importe désormais de veiller à la réellereprésentativité de ces Conseils pour ne plus exclure personne dudébat public. Cela passera par de nouvelles et réelles compétencesdonnées aux Conseils de Quartiers,, par l'obligation pour les élusd'organiser des réunions publiques à l'occasion desquelles ilsrendront compte de leurs actions, de leurs votes, et échanger avecleurs concitoyennes et concitoyens. Ce sera aussi une volontéaccrue de permettre aux citoyennes et aux citoyens de pouvoir gérerdirectement des biens publics.

  2. Réorganiser notrefonctionnement institutionnel, enétablissant un régime primo-ministériel. Le gouvernement, sousl’autorité du Premier ministre, exerce l’ensemble du pouvoirexécutif. Le président de la République ne gouverne pas. Il estgarant du bon fonctionnement des institutions. Les assembléesreprésentatives de la société : le Sénat et l’Assembléenationale sont élues au suffrage universel. Le pouvoirparlementaire et législatif jouit d’une reconnaissance beaucoupplus forte. Le gouvernement et le Premier Ministre sont responsablesdevant l’Assemblée nationale et non l’inverse. Il convientalors de mettre un terme à la logique binaire de la Représentationnationale, entre une Majorité et une Opposition stérile tous lescinq ans. Le nouveau Parlement sera le lieu où le débat politiquesera celui d'élu-e-s défenseur-e-s de l'intérêt général et noncelui des postures, car les Institutions veilleront à une meilleurequalité de la loi par une meilleure inclusion de tous les groupespolitiques dans sa rédaction.

  1. Repenser la place del’élu-e dans notre société, avecdes mandats électifs démocratiques, et la fin de la confusion desfonctions et des privilèges des professions d’Etat. Un mandatlégislatif unique ; il ne peut être exercé plus de deux foisconsécutivement. Les élu-e-s locaux-ales ne pourront êtretitulaires que de deux mandats délibératifs et ne pourront pascumuler deux mandats exécutifs locaux. Ils ne peuvent être exercésque deux fois consécutivement. Enfin, il faudra œuvrer en faveurd'un statut de l'élu-e et ainsi établir un véritable Code del’élu-e et des fonctions représentatives au regard de lalégislation du travail, des droits sociaux, de la formationprofessionnelle. Il favorisera l’exercice à plein temps desfonctions électives et le retour à l’emploi des élu-e-snationaux-ales et locaux-ales au terme de leur mandat.

  2. Enfin, Assurer uneJustice toujours plus indépendante du pouvoir exécutif,avec une Cour de justice de la République compétente pour juger dela responsabilité pénale du Président de la République et desmembres du gouvernement et les déférer devant les tribunauxordinaires. Avec la mise en œuvre d’une vraie Courconstitutionnelle, avec ses membres élu-e-s par le Parlement réunien Congrès. Avec la séparation de la gestion entre le recrutementet la carrière des magistrat-e-s du siège et du parquet. Avecenfin, l’instauration d’un Conseil supérieur de la Justice,l’organe suprême chargé du fonctionnement de la justice.

  3. Reconnaître etlégiférer le Quatrième pouvoir :l'information. À l'heure où des milliers de parents sont capablesde retirer leurs enfants de l'école suite aux fausses rumeursrelayées de façon organisée par des obscurantistes de tous bords,où n'importe qui peut développer une audience importante, ildevient nécessaire de pouvoir vérifier si une information estvraie ou non. Cela passera par la création d'une Autorité qui seraindépendante des trois autres pouvoirs, qui puisse réellementsanctionner les médias (physiques ou numériques) relayant defausses informations, créer et faire appliquer une charte éthiquedu journaliste. Cette autorité se doit d'être accessible etcompréhensible par tous.

Modifiernos institutions et donc notre fonctionnement politique est unmouvement de fond. C’est un mouvement qui vise à redonner unsouffle démocratique pour répondre à l’urgence sociale. C’estun mouvement qui se construit de concert avec un projet de société.Et pour la gauche, un nouveau projet de société ne saurait seconstruire sans penser le service public.

Penserle service public du XXIèmesiècle, pour recréer le récit républicain.


Leservice public est l’émanation concrète du combat historique dela gauche. Il en est sa traduction, sa matérialisation. Son but,construire la solidarité et le vivre-ensemble autour d’un projetde société mobilisateur, tout comme de garantir un minimumd’égalité, fait partie de notre ADN.


Cette question d’égalité, la manière de latraiter, est centrale dans notre conception du service public et del’Etat providence. Aujourd’hui un débat sur cette questionémerge à gauche, entre redistribution d’un côté etprédistribution de l’autre. Ce débat pourrait se résumer en uneconfrontation de deux visions de l’égalité : l’égalitédes chances et l’égalité à l’arrivée.


L’idéede la prédistribution viserait à donner les mêmes chances audépart, mieux armer chacun-e pour être actrice ou acteur de sapropre vie. Elle s’inscrit aussi et surtout dans un contexte, quin’est pas remis en cause, celui de finances publiques dégradéesne permettant plus de penser la redistribution comme vecteur deréduction des inégalités. Elle se transcrit dans l’idée que laredistribution, visant à prendre aux plus fortuné-e-s pour rendreaux plus en difficulté, créée un environnement de ressentimentcroissant de la classe moyenne envers les plus pauvres. En somme sonobjectif est de construire un modèle de réformes qui permettent detoucher les classes moyennes et de les ramener vers un vote degauche, tout en conservant le paradigme néo libéral, vecteurlui-même des inégalités.



Maisplus encore, il est basé que le concept d'égalité des chances.Celui-ci à entreprendre des mesures de réductions des inégalitésau départ plutôt qu'à l'arrivée. Ce mode de raisonnementpermet infine de justifier l’inégalité en enrejetant la responsabilité entièrement sur l’individu-e et enévacuant la responsabilité collective à sa source. Enfin, en seconcentrant sur l’exaspération des classes moyennes quant auconsentement à l’impôt, il n’aborde à aucun moment la questiondes classes les plus défavorisées.


L’égaliténe saurait se subdiviser entre deux conceptions antinomiques.Travailler à la réduction des inégalités à leur source, toutcomme permettre par la redistribution de corriger ces dernières,doit s’inscrire dans le même mouvement. Au final, différencierles deux, c’est justifier l’aspect punitif de l’impôt etrenforcer l’argumentaire du conservatisme néo-libéral, quiveulent toujours moins d’impôts, pour transférer au marché lesprestations rendues par le service public.


Caril ne faut pas être dupes : si aujourd’hui, l’Etatprovidence et le service public ont perdu de leur légitimité, celaest dû en grande partie à leur dénigrement, hérité de cetteconception conservatrice. Les politiques néo-libérales ont conduità leur affaiblissement, et les conservatrices et conservateurs enprofitent pour demander sa dislocation. Entre 2002 et 2012, la droitea d’une part engendré un endettement tel que le financement desservices publics s’en trouve affaibli et d’autre part a organiséle reflux du service public partout sur les territoires. Pireencore, elle a réussi à remettre en cause les valeurs du ServicePublic construites sur un consensus entre les Républicain etnotamment grâce à l'alliance entre les Gaullistes, la gauche et lescommunistes. Pour plus d’efficacité, moins de coût, les usagèreset les usagers sont devenus des clientes et des clients, la cartevitale est devenue la carte de crédit, la Caisse d'AllocationsFamiliales ou le Pôle Emploi se sont transformés en files d'attentepour ce qu'elle appelle des « assistés », et qui seconsidèrent comme des déclassés, des exclus de la PromesseRépublicaine. On a même pu ainsi voir les hôpitaux être comparésà des entreprises.


En résulte une qualité, une puissancepublique amoindrie qui justifie aujourd’hui sa perte de légitimité.


Cette situation estproblématique, mais doit nous permettre de nous poser les bonnesquestions. Car notre service public a des failles, au premier rangdesquelles l’impressionnant chiffre du non-recours aux prestationssociales, estimé à quelques 7 Milliards d’euros par an. Notremodèle social a vieilli, son organisation ne répond plus au besoinde transparence et de compréhension qui fonde sa légitimité. Laquestion des politiques sociales déployées, des modesd’organisation, de sa gouvernance doit être posée pour créer leservice public du XXIèmesiècle. La verticalité de fonctionnement n’est plus en adéquationavec l’attente des citoyens. Les comités d'usagères et d'usagersdu service public doivent être repensés pour permettre une nouvelleforme de participation pro-active du citoyen à la satisfaction deses besoins. A l'heure de la société du Commun, ils pourraient mêmecontribuer plus directement aux décisions et à la réalisation deleurs propres prestations.


Il nous faut alors construire un service publicparticipatif, plus simple, moins bureaucratique et encore plusconnecté, avec des agents de nouveau valorisés et beaucoup mieuxformés. Car en même temps que nous travaillerons à la constitutiond’un nouveau modèle de société, autour notamment du Commun, nousdéfinirons ce qui relève de l’intérêt collectif et qui devra seconcrétiser au travers du service public.


Nousavons besoin de réformer en profondeur le service public pourretisser ce lien particulier, sentimental qu’il doit entreteniravec les Français-es, car c’est à partir de lui, que nousconstruisons l’égalité, la fraternité et le récit et l’identitérépublicaine.


Qu’est-ce que l’Histoireretiendra de notre passage au pouvoir ? Et encore, suites auxterribles événements que nous venons de connaître,si nous nous cantonnons à simplement gérer les crises, économiques,sociales, environnementales, institutionnelles et politiques ?Qu’est-ce que l’Histoire retiendra de nous, si nous ne remettonspas en cause un cadre dont nous héritons, lui-même sous tendu pardes idées que nous désapprouvons ?


Le rôle historique de la Gauche a toujours étéde penser et de favoriser concrètement l’émergence de nouvellesformes d’organisation sociales, plus juste, plus égales et plussolidaires. Nous sommes aujourd’hui dans un période historique, oùnous devons construire le monde de demain. Un monde dans lequel denouvelles normes économiques, sociales, environnementales etpolitiques émergeront. Il nous revient de les penser, de lesmatérialiser en projet de société pour réinventer le récitnational et le projet républicain et une fois de plus tenter dechanger la vie.