Pour un arrêt de la cure d'austérité : les vertus de la répartition des richesses ou « l'effet multiplicateur »

Nous sortons d'une crise gouvernementale faisant suite aux débats entre les deux « lignes » du gouvernement : l'une incarnée par Manuel Valls et François Hollande, prônant la priorité aux entreprises et la rigueur budgétaire, par « pragmatisme », et l'autre incarnée par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon, acceptant cette priorité, mais refusant de négliger les ménages et la croissance.

 

Dans ce débat, la dépense publique fait beaucoup parler : faut-il la diminuer pour assainir le scomptes publics, argumentant avec la métaphore d'un ménage se serrant la ceinture, diminuant ses dépenses pour rétablir ses comptes ou la maintenir, voire l'augmenter pour alimenter l'économie et ne pas réduire la croissance ?

 

La métaphore entre les comptes d'un État et ceux d'un ménage est très mauvaise : alors qu'un ménage dispose d'un budget annuel « à taille humaine », l'État dépense 480 milliards d'euros par an. Si l'un ou l'autre décide de se serrer la ceinture, l'impact sur notre économie ne sera pas le même. La principale différence ne réside pas dans la taille du budget, mais la façon de le penser : l'État est un « entrepreneur social » : il répartit les richesses (en partie actuellement...), il investit pour l'avenir du pays, il emploie directement plus de 2 millions de fonctionnaires etc.

 

Si, en 2014, l'État dépense un euro, ce sera pour payer la commande publique, les fonctionnaires et les prestations sociales, financer les collectivités locales (qui feront de même). Ce premier mouvement créera de l'activité économique, et donc des recettes provenant des impôts et taxes. Ensuite, les entreprises recevant de l'argent via la commande publique le dépenseront (salaires, consommation, investissements...) et les ménages feront de même (épargne, consommation, investissement...), ce deuxième mouvement créera là aussi de l'activité économique sur laquelle également des taxes seront perçues. La consommation et l'investissement des ménages et des entreprises créera elle aussi de l'activité économique qui engendra là-aussi des recettes fiscales et l'argent circulant continuera de créer des mouvements économiques et d'autres revenus fiscaux, etc.

 

Ainsi en 2015, l'État percevra toutes ces recettes: si, pour un euro dépensé, il reçoit un euro de taxe, tout va bien. Ce chiffre (taxes perçues l'année N+1 sur l'argent public / argent public dépensé l'année N) s'appelle le multiplicateur budgétaire.

 

Suite à la crise de l'Euro, l'austérité a été appliquée partout en Europe, la Troïka arguant que les économétriciens estimaient que le multiplicateur budgétaire de ces pays était d'environ 0,5. Dans ce cas là, pour un État, retirer un milliard d'euros de dépenses revient à « seulement » 500 millions de recette en moins l'année suivante. Mais, il y a quelques mois, le FMI et Christine Lagarde ont revu leurs modèles économiques : ils estiment maintenant le multiplicateur entre 0,9 et 1,6. Dans ce cas là, un milliard d'économie revient à 900 millions ou 1,6 milliards de recettes en moins l'année suivante... Les dégâts de la cure d'austérité imposée par la Troïka n'ont pas été réparés par les excuses du FMI. Et cette cure continue dans l'Union Européenne, démantelant l'État au Portugal, en Espagne, en Italie et en Grèce.

 

Les gouvernements des pays cités comptaient sur François Hollande pour prendre la tête d'un mouvement au sein de l'Union Européenne et changer la donne quant aux politiques économiques appliquées à l'échelle du continent, pour arrêter la politique de l'Euro fort, qui pousse à une faible inflation (l'Europe est à deux doigts d'une crise déflationniste) et à l'austérité.

 

Si l'État doit être vigilent et optimiser la dépense publique, et tenter d'équilibrer son train de vie avec ses revenus, cela ne veut pas dire que son rôle dans l'économie est marginal. Car nous l'avons vu, l'État doit agir dans l'économie pour que puisse jouer à plein cet effet multiplicateur. Cela permettra un redémarrage de la croissance et contribuera à un rétablissement des comptes publics plus rapidement que cette cure qui est un non-sens économique.