Pour le partage d'un nouveau rêve européen

L'Union européenne étant la solution à de nombreux problèmes, elle doit renforcer la cohérence et le partage d'objectifs communs, par une meilleure coopération entre ses Etats-membres, et non par leur mise en concurrence, avantageant les plus riches ou ceux pouvant effectuer un dumping fiscal ou social au sein des frontières mêmes de l'Union.

 

Construites sur les décombres de la Seconde Guerre Mondiale, les Communautés européennes, devenues Union européenne, ont été porteuses d'une prospérité économique touten intégrant des États-Nations dans une Communauté de droit.

 

Depuisla déclaration de Schumann, le 9 mai 1950, l'intégration communautaire s'estfaite par l'économie et l'instauration du Marché commun. Allant dans la droiteligne de la thèse de Balassa, économiste de l'intégration régionale, le Marché commun est devenu aujourd'hui l'Union économique et monétaire, conclusion de son projet. Néanmoins, depuis la crise des années 2008-2010, les Etats-membres ont dû bâtir une nouvelle union par tâtonnement, sans véritablement savoir où aller.

 

En parallèle, les élargissements de l'Union étaient considérés comme une chance pour les Etats-membres de voir le Marché intérieur s'agrandir et d'assurer aux nouveaux entrants un ancrage dans le camp des démocraties libérales européennes à économie de marché, alors en lutte contre le modèle économique soviétique.

 

La rivalité avec le modèle de l'Europe de l'Est n'étant pas qu'économique, les Etats-membres assurèrent leur réussite intérieure par la protection que leur offraient les Etats-Unis, en étant membres de l'OTAN.

 

La chute du Mur de Berlin et la fin du modèle soviétique laissèrent les européens face à leur devoir historique de réunifier un continent divisé et de permettre aux anciennes Républiques socialistes de pouvoir jouir de cette zone unique au monde de prospérité et de paix.

 

Pourtant, le fondement de 1945 de l'Europe Unie, composée de la paix garantie par les Etats-Unis et d'une vitalité intérieure devait arrivée à terme avec le passage de l'Europe des 15 à celle des 28.

 

Depuis lors, avec un modèle d'Union économique et monétaire devant à terme couvrir l'ensemble de l'Union européenne, avec une appartenance de la quasi-totalité deses membres à l'OTAN, les peuples européens semblent ne jamais s'être autant désintéressés de l'UE.

 

La promesse de réussite attirant les Etats voisins et leur population, l'UE est connue pour être une zone de prospérité, où chacun peut réussir une nouvelle vie.

 

A l'image du Rêve américain, un Rêve européen s'est créé. Mais à la différence du premier, le second ne s'adresse qu'à ceux qui sont en dehors de l'Union. L'Europe Unie apparaît en effet comme un ilot de prospérité économique, de garantie des libertés fondamentales et de protection sociale envers ses citoyens, en contraste flagrant avec ce que proposent les autres pays voisins.L'attrait pour l'Union est autant une assurance de réussite économique qu'un gage d'appartenance à une Communauté en paix avec le reste du monde.

 

Au contraire, à l'intérieur, les peuples se sentent désabusés et pensent qu'ils ne sont plus souverains, étant soumis à des règles de plus en plus injustes contre leur modèle sociale ou bien pour respecter des critères de convergence économique.

 

Une Union dite technocratique, désincarnée domine Bruxelles, selon les dires de l'ensemble de nos dirigeants nationaux.

 

Or, bien qu'il est évident que cette Union s'est faite sur la base d'une techno-structure au service des Nations européennes, le modèle de gouvernement économique et politique de l'Union s'est de plus en plus dévoyé vers un dogme inconsidéré envers le Marché, par la confiance inébranlable que c'est en mettant les Etats-membres en compétition les uns contre les autres, et à terme en espérant que les derniers s'aligneront sur les premiers, que l'Union se renforcerait.

 

Mais de ce modèle, on ne crée pas une Communauté de pairs solidaires. On ne peut créer que de l'exaspération. L'heure n'est plus en l'unité par la concurrence.

 

Cependant, si le long premier chapitre de la construction européenne vient de se terminer, l'Europe Unie est loin d'être aboutie. Les fondations sont posées et l'intégration économique achevée . La construction européenne doit repartir et bâtir le premier étage de notre maison commune, celui d'où les peuples pourront partager tous ensemble le même idéal et le même destin.

 

Pour la première fois depuis 1957, le débat pour les élections européennes de cette année met à l'agenda les prémices d'une Europe sociale. Le SMIC européen, la rédaction d'un trait social européen, la préservation des services publics des lois de la concurrence européenne, voilà les premières briques que se proposent de poser Martin Schulz et le Parti Socialiste Européen.

 

Un nouveau défi s'annonce pour l'Europe du XXIème siècle : réussir l'intégration sociale de l'ensemble du Continent. L'Europe doit renouveler et défendre ses valeurs et être capable de proposer un modèle de coopération stable avec ses voisins qui n'ont pas vocation à en devenir membres pour différentes raisons.

 

L'exemple de la Crise Ukrainienne montre la naïveté des Européens à ne pas avoir vu, ou ne pas avoir voulu voir, que l'entrée dans le giron communautaire de ce pays entrainerait de sérieuses répercussions avec la Russie.

 

De même, l'échec du Sommet de Copenhague sur le Climat de 2010 démontre que malgré la puissance diplomatique de l'Union, réelle et importante, celle-ci demeure divisée puisque cette puissance reste incarnée par plusieurs Etats. Tant qu'une autorité diplomatique européenne n'émergera pas, l'Europe restera dès lors un nain diplomatique, incapable de parler d'une seule et même voix face à ses partenaires.

 

Cette puissance diplomatique, doit s'accompagner d'un volet militaire, par une meilleure coopération militaire et un véritable partage des objectifs stratégiques communs aux Etats-membres. L'Union européenne, construite pour garantir la paix sur son sol, devra la maintenir à ses frontières extérieures en devant contribuer au respect de la légalité internationale, ainsi qu'en garantissant autant la protection de ses ressortissants que de ses intérêts, à l'image des autres puissances mondiales. La paix ayant toujours un prix, le renforcement du pilier européen de l'OTAN permettra non seulement le rééquilibrage de l'Alliance atlantique, mais aussi l'affirmation de la volonté européenne de mieux collaborer avec les autres Puissances à l'amélioration des relations entre les Nations.

 

L'Union européenne étant la solution à de nombreux problèmes, elle doit renforcer la cohérence et le partage d'objectifs communs, par une meilleure coopération entre ses Etats-membres, et non par leur mise en concurrence, avantageant les plus riches ou ceux pouvant effectuer un dumping fiscal ou social au sein des frontières mêmes de l'Union.

 

Un nouveau Rêve européen est à construire. Et il passera forcément par la réalisation de la solidarité européenne, comme il passera par une meilleure collaboration entre les Etats-membres pour la réussite de l'intérêt général européen.

 

Une harmonisation par le haut est possible et le vote socialiste le 25 mai 2014 sera le premier pas vers l'Europe sociale tant attendue. Mais après, battons-nous pour que les peuples européens puissent bâtir et partager un idéal commun, basé sur la solidarité, la coopération et la communauté de peuples libres et souverains.