Les enjeux de la transition énergétique

                Le Conseil national du débat sur la transition énergétique (CNDTE) a rendu sa synthèse finale le 18 juillet 2013. Pendant plusieurs mois, Delphine Batho, ex-ministre de l’environnement remerciée récemment de façon lapidaire après avoir critiqué le budget de son ministère, a ainsi organisé à travers la France plusieurs centaines de débats. Pendant 8 mois des experts, ONG, syndicats, élus et citoyens se sont concertés sur des scénarios de mix énergétique à long terme, débattant même de la place du nucléaire, sujet tabou du Grenelle de l’environnement en 2007. 1000 débats auront eu lieu à travers la France, engageant ainsi plus de 170 000 participants dans un exercice géant de démocratie participative.

Pourtant, si tous les participants semblaient se féliciter de la richesse des débats, force est aujourd’hui de constater que les recommandations sont loin de définir les contours d’une politique volontariste sur le sujet. Les médias, qui s’étaient peu pris d’intérêt pour les débats sur la transition énergétique, ont unanimement souligné l’impossibilité de faire émerger un consensus et les propositions fortes qui iraient avec. Ainsi, si la lutte contre la précarité énergétique, qui touche aujourd’hui huit millions de personnes – le coût des charges pour un étudiant boursier dans une cité U non délabré peut représenter 25 % du loyer -, est reconnue comme une priorité, seul le MEDEF semble tirer son épingle du jeu après voir organisé un coup de com’ le jour de la publication des recommandations : le syndicat patronal a ainsi rejeté les recommandations qu’il avait pourtant signé la veille, pour accepter au final de se ranger derrière celles-ci en échange de leur requalification en « synthèse » des débats – et en vider de fait toute valeur contraignante. Il est vrai qu’une partie du patronat reste très attachée à l’exploitation du gaz de schiste  - tant qu’elle est gérée par des groupes privés – et surtout au nucléaire dont dépend tout un pan de l’industrie énergétique française.

Plus récemment, le nouveau ministre de l'écologie a annoncé que le débat sur la transition énergétique et sa mise en œuvre n'aura pas lieu cet automne comme prévu, mais après les municipales en 2014. Alors même que l’enjeu de la transition énergétique est majeur pour l’avenir de la France et de l’Europe, force est de constater que nous manquons de perspective politiques sur le sujet. Tout se passe comme si nous étions tétanisés par l’idée de bousculer le statut quo sur le nucléaire, le gaz de schiste … ainsi, entre 2000 et 2010, la part de l'électricité renouvelable a très peu augmenté en France (de 13,9% à 14,5%), mais beaucoup en Allemagne (de 6,9% à 17,5%). Certes, les allemands trichent en utilisant des centrales de charbon et en nous achetant de l’électricité pour compenser l’arrêt de leurs centrales nucléaires, mais c’est dans le but de réaliser leur transition énergétique au plus vite. Surtout, l’Allemagne finance le développement des renouvelables par des prêts à taux zéro et une politique bien plus volontariste que la nôtre en la matière.

Dès lors, puisque nous avons encore quelques mois pour y réfléchir, quelle politique de transition énergétique devons-nous défendre ? Il y a pour les NouveauxPartisans trois axes essentiels à intégrer : la justice sociale, le soutien à la recherche et à l’innovation, et la nécessité de repenser les modes de production.

La transition énergétique restera un mirage tant que huit millions de français auront du mal à se chauffer et à s’éclairer. S’il est logique que la transition énergétique amène une hausse des factures d’énergie dans un premier temps, celle-ci  ne doit pas peser sur les foyers les plus modestes. Le programme national de rénovation énergétique, qui prévoit la rénovation de 500 000 logements par an d’ici cinq ans, doit également cibler les ménages à faible revenus n’ayant pas les moyens de faire des travaux. Avec la crise, le marché de la rénovation énergétique a chuté (-13% en nombre de logements, -6% en dépenses en 2010) : si celui-ci ne repart pas, il est illusoire de croire que la facture énergétique des français baissera. Le parc immobilier existant est par ailleurs responsable au niveau national de 44% dela consommation finale d’énergie et de 25% des émissions de gaz à effet de serre. La rénovation énergétique est donc bien au cœur des solutions pour diminuer les consommations énergétiques, développer et intégrer la chaleur renouvelable, et aboutir à terme à une société plus sobre en carbone. Jeremy Rifkin, auteur de « La troisième révolution industrielle », et récemment engagé par la région Nord Pas de Calais pour anticiper les enjeux de la transition énergétique, considère que la rénovation des bâtiments en isolation thermique pourrait être un facteur de plein emploi pour les 50 prochaines années en Europe.

C’est un enjeu d’autant plus important que la problématique du logement de façon globale pousse à la consommation d’énergies fossiles : faute d’arriver à se loger près de leur lieu de travail, de plus en plus de français n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leur voiture. Développer en parallèle l’offre de transporten communs et les logements est une composante indispensable à la réalisation de la transition énergétique. A cet effet, il est important de souligner que la diminution de la part du nucléaire dans notre production énergétique doit se faire de façon graduée, afin de maintenir une capacité électrique suffisante pour approvisionner notre réseau de ligne à haute vitesse, vital pour des millions de salariés et unique en Europe. L’interconnexion des politiques publiques du logement, du transport et de l'énergie doit permettre de résoudre les problèmes de plus en plus nombreux qui se posent surtout aux salariés les plus précaires.

La Cour des Comptes a souligné dans un récent rapport qu’entre 2005 et 2011, la politique de soutien aux renouvelables a représenté 14,3 milliards d’euros. Dans le même temps, la part des énergies renouvelables n'a progressé que de 10,3 à 13,1 % alors que l'objectif est de 23 % en 2020. Les investissements nécessaires pour la transition énergétique sont donc colossaux. Pour autant, c’est toujours le nucléaire qui monopolise les ressources de la recherche sur les énergies en France (50 % du total en 2010 hors Iter et Euratom, 85 % en moyenne entre 1985 et 2002), laissant la part du pauvre aux renouvelables (12 % du total), moins bien traitées que les énergies fossiles (15 % des financements) ! A noter que ce très fort soutien public au nucléaire pose pour le moins la question de sa réelle rentabilité … Le soutien aux énergies renouvelables doit donc être plus marqué. L’Union européenne a d’ailleurs pris le problème à bras le corps en reprenant la suggestion du ministre du redressement productif de protéger la filière photovoltaïque européenne contre la concurrence chinoise pour développer un secteur européen. Plus récemment, la banque européenne d’investissement s’est engagée à ne plus soutenir des programmes concernant les énergies fossiles et à redéployer ses efforts financiers sur les énergies renouvelables.La France doit donc suivre cet exemple et basculer progressivement ses efforts de recherche sur l’énergie du nucléaire aux renouvelables, avec deux objectifs : en baisser le coût de production et assurer un rendement suffisant pour la consommation française.

Dans son livre programme « Des Idées et Des Rêves », Arnaud Montebourg évoquait la« mutation écologique des modes de vie ». Il est en effet essentiel d’anticiper le fait que la transition énergétique va bouleverser les pratiques énergétiques. L’efficacité et la rénovation énergétique permettront de réduire la consommation en énergie aussi bien des entreprises que des foyers. Dès lors, tout comme la Lyonnaise des Eaux ou Vinci orientent aujourd’hui leur activité sur les services autour de la distribution d’eau, toute une industrie peut naître du fait du changement des modes de consommation et de production d’énergies qui découleront du développement des renouvelables. La production d’électricité par les particuliers leur permettra de la revendre ou de l’échanger, tout en maitrisant la consommation de chacun de leurs appareils via les possibilités de contrôle offertes par la technologie des smart grids.Les régions ont déjà élaboré des scénarios cohérents de développement de la production énergétique, d’objectifs en matière de réduction de la consommation, d'évolutions des relations entre transport et habitat... C'est le cas, par exemple, de la région Pays de la Loire qui a lancé les Etats régionaux de l'énergie qui ont permis l'élaboration de différents scénarios à long terme. L’avenir est à la déconcentration et à la décentralisation de l’énergie, cela implique donc de repenser la place des structures historiques telles que EDF dans cette transition.

Arnaud Montebourg a ainsi évoqué plusieurs projets durant la plénière consacrée à la croissance de l’université d’été de La Rochelle qui montrent combien redressement industriel et transition énergétique sont liés : réduire le coût de l’énergie, c’est favorisé la ré-industrialisation de la France. Cette dynamique passera dans un premier temps par les 34 plans industriels concernant les grandes filières qui ont été annoncés par le président et le ministre du redressement productif le jeudi 12 septembre pour mettre en place cette nouvelle révolution industrielle, basée sur la transition écologique : les investissements dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique des bâtiments, les réseaux électriques intelligents, le recyclage, la qualité de l'eau et la chimie verte devraient ainsi générer à terme 7,6 milliards de recettes fiscales, 2,7 milliards d'exportations supplémentaires pour environ 100 000 emplois créés à court terme.