Interview de Patrice Prat par les Nouveaux Partisans

Le député du Gard Patrice Prat a donné une interview aux Nouveaux Partisans durant l'Université d'été des Jeunes Socialistes, dans laquelle il est revenu sur son parcours politique, sur l'action du gouvernement, sur son engagement auprès d'Arnaud Montebourg et sur l'importance du combat rénovateur à gauche.


Patrice Prat, Député du Gard, http://www.patriceprat.fr/ https://twitter.com/PatricePrat


Les Nouveaux Partisans : Bonjour Patrice. On a vu que tu as été élu maire à 28 ans : d’où vient ton engagement dans la vie publique ?

Patrice Prat : D’abord d’un moment familial, à l’âge de 15 ans, où l’élection de François Mitterrand en 1981 a été un événement marquant pour moi. Ensuite s’ajoute une imprégnation assez précoce de certaines valeurs, celles de la République notamment. C’est aussi, assez tôt dans ma vie, une volonté de me mettre au service des autres tout simplement. Ça s’est concrétisé à l’âge de 18 ans par un premier engagement militant au Parti socialiste. Cet engagement s'est poursuivi en dépit d'un premier échec électoral, lors d’une campagne cantonale, à 26 ans, en 1992. D'une certaine manière, ils ont été les premiers jalons des réussites suivantes puisque trois ans après, j’ai été élu plus jeune maire du département du Gard et un des plus jeunes de France, dans une commune de 6 000 habitants, celle de Laudun-L’Ardoise. À partir de là, ce qui m’avait animé depuis mes jeunes années d’adolescence se concrétisait à travers ce premier mandat d’exécutif politique.

 

Les NP : Ton département est très marqué par la présence du FN, comment toi en tant que député socialiste tu combats la progression du FN ?

PP : Je pense que la montée du Front National est liée à deux phénomènes. D’abord l’augmentation de la précarité et des inégalités dans le pays, et deuxièmement l’ignorance. L’ignorance par rapport à un monde qui peut être jugé différent du notre, à notre culture. L’augmentation de la précarité parce que forcément elle nourrit, elle alimente les crispations dans la société, les tensions. Ce sont les deux phénomènes de fond. On les combat. L’ignorance par la pédagogie, l’éducation, par l’élévation du niveau intellectuel de la société. C’est un travail de fond, un travail de longue haleine. Puis la précarité et les inégalités par un travail de chaque jour également, mais qui nécessite que l’Etat soit source d’égalité, participe à la création de richesses et fasse en sorte que cette richesse soit redistribuée dans le pays. Localement, je le combats aussi par une vision pragmatique sur différents éléments le composant. Je disais tout à l’heure qu’il y avait la nécessité du retour de l’Etat. J’ai toujours considéré que la République ce n’était pas le désordre mais l’ordre. L’ordre dans tous les domaines, d’où la nécessité que l'Etat intervienne sur un certain nombre de grands sujets qui structurent et qui décident de l’avenir du pays.

 

Les NP : Un an après l’arrivée de François Hollande au pouvoir quel bilan tires-tu de l’action du gouvernement Ayrault ?

PP : D’abord on tirera un bilan à la fin du mandat, pas au terme d’un an. On est dans un processus lent de reconquête, de redressement du pays, de restauration et d’assainissement des finances publiques, c’est donc un travail long, patient et qui nécessite du temps. C’est une première chose. Tirer des bilans est donc, pour moi, prématuré.

La première année est une année durant laquelle il y a eu un travail législatif extrêmement important. Sociétal d’abord, car l’on retiendra bien évidemment la loi sur le mariage pour tous, mais pas seulement. Dans les premières lois de finances rectificatives et dans les lois de finances qui ont suivies, pour la première fois, on a aligné la taxation des revenus du capital sur ceux du travail. On a instillé dans les premiers travaux budgétaires la notion majeure de justice fiscale. On a voté la loi sur la refondation de l’école, avec des moyens nouveaux consacrés à l’éducation nationale. On a également créé de nouveaux outils pour la reconquête industrielle, comme la Banque Publique d’Investissement, qui a été mise en place également par une loi.

De plus pour la jeunesse, le vote des emplois d’avenir est symbolique de la volonté qui est la nôtre de mettre le pied à l’étrier d’une jeunesse qui est elle frappée, plus que toute autre tranche d’âge, par la précarité, le chômage, qui a du mal à s'insérer dans le milieu professionnel, et avoir ainsi ses premières expériences. Donc les emplois d’avenir ne sont pas la réponse à toutes les situations individuelles, mais c’est un premier pas, et il va nous falloir poursuivre ce travail majeur pour notre société par des étapes ultérieures.

 

Les NP : Comment défends-tu la ligne volontariste prônée par Arnaud Montebourg ?  

PP : Je fais partie de ceux qui souhaitent promouvoir cette ligne volontariste, car renoncer face à la finance et au monde économique ne me semble pas être une position ambitieuse. Lorsque l’on s’engage dans la vie publique et politique, c’est parce que l’on croit aux vertus de cette action politique et à sa capacité à faire bouger les lignes, à améliorer les conditions d’existence des membres de la société. Ainsi, laisser ce travail aux seuls marchés est un leurre, une illusion, et a entrainé et entraine toujours le creusement des inégalités. Or un socialiste est par définition celui qui veut réduire les inégalités et ajouter de la justice, de l’égalité, dans toutes ses propositions, dans tous ses projets.

 

Les NP : Pour toi, quelles sont les perspectives au sein de la gauche, pour les idées défendues par Arnaud Montebourg depuis les primaires ?

PP : Et bien, de belles perspectives, car l’idée est de faire en sorte que ses idées, à moyen-long terme deviennent majoritaires, dans le pays, dans le Parti socialiste. Cette ligne volontariste est une ligne ambitieuse, mais c’est la seule qui nous permettra de satisfaire aux besoins de la société.

 

Les NP : La rénovation, la VIème République, la solidarité sont des attentes fortes de la jeunesse. Qu’as-tu envie de dire aux jeunes pour leur donner envie de s’engager pour reformer en profondeur notre société ?

PP : D’abord, je souhaiterai que la jeunesse, lorsqu’elle mène des combats, ne le fasse pas uniquement par intermittence. Je lui reconnais une capacité à se mobiliser rapidement, à s’organiser, à souvent contrer des initiatives lorsqu’elle les juge dangereuses pour la société, pour la République, pour l’idéal qu’est celui de la jeunesse.

Mais je trouve souvent un caractère très éphémère à ces combats là. Et lorsque l’on s’engage dans la vie politique, lorsque l’on s’intéresse à l’avenir de la société, du pays, cela nécéssite de s’inscrire dans un temps long. Le combat contre les inégalités, pour la justice, le travail à mener pour aller dans le sens de la rénovation politique, requiert du temps, de s’organiser pour faire progresser ses idées, qu’elles irriguent tous les pans de la société, des territoires les plus reculés jusqu’ausommet de l’Etat. Le prix à payer de l’engagement est de s’inscrire dans ce temps long, c’est le coût de l’engagement.

 

Les NP : Les jeunes socialistes tiennent leur XIème congrès en Novembre. Quels pourraient en être les enjeux, selon toi, pour les Nouveaux Partisans ?

PP : C’est de poursuivre le sillon de la rénovation, d’amplifier ce sillon, de faire en sorte qu’ils soient eux aussi des vigies dans cette jeunesse socialiste, pour qu’en effet, le combat de la rénovation, pour un nouveau modèle institutionnel, soit le combat gagnant pour les années qui viennent. Donc les Nouveaux Partisans, c’est une offre nouvelle, qui diversifie l’offre traditionnelle des jeunes socialistes et qu’il faut donc encourager.