Il faut armer les révolutionnaires syriens

Depuis un peu plus de deux ans, la guerre civile syrienne a déjà causé près de70 000 à 80 000 morts ( ces chiffres sont cependant invérifiables,quoique plausible). Ce soulèvement démocratique fait suite aux printemps Arabes qui se sont répandus dans tout le Moyen-Orient et ont abouti au renversement des dictatures en Tunisie, en Lybie et en Egypte. Le conflit syrien perdure encore aujourd’hui, menaçant de déstabiliser durablement toute la région.

Cette guerre civile oppose principalement les troupes du régime, les forces militaires et paramilitaires aux ordres de Bachar El Assad, notamment soutenues par le Hezbollah et l’Iran, et l’Armée Libre Syrienne (ALS), qui conduit la révolution, commandée par le Conseil National Syrien, installé au Caire. L’ALS n’est cependant pas le seul groupe armé syrien dans le camp de la révolution. On y trouve également plusieurs organisations djihadistes, et des rebelles autonomistes Kurdes.

Depuis le début du conflit se pose la question pour les grandes puissances occidentales de savoir comment il serait possible d’intervenir pour soutenir, ou non, le peuple syrien en guerre contre Bachar El Assad. La piste d’une intervention militaire a tout d’abord été avancée par la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, avant d’être rejetée par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien s’est alors muer en un appui diplomatique, puisque les ambassades syriennes de nombreux pays ont été fermées et les ambassadeurs renvoyés. Ce genre de mesure diplomatique est déjà l’expression d’une forte hostilité. Pour autant, elle ne constitue guère plus qu’une mesure symbolique.

Récemment, en France, l'idée de lever l'embargo de la communauté internationale sur les armes a été soulevée par le Président Hollande. Au passage, cela a immédiatement révéler un certain nombre de peurs, venant aussi bien de l'opinion publique que des gouvernements. Lever l'embargo sur les armes reviendrait à équiper en armes Al Qaeda, et prendre le risque de voir émerger un gouvernement islamiste, comme cela a déjà été le cas en Libye. Pour autant, la fourniture d'armements lourds aux révolutionnaires syriens est la seule solution pour faire tomber le régime baasiste.

En effet, il est sur qu'armer les opposants à Bachar El Assad va avoir comme conséquence  qu'une partie de ces  armes va tomber entre les mains d'islamistes. Sauf que ces mêmes islamistes disposent à ce jour d'autres moyens pour les obtenir, au point qu'ils sont quasi-mieux équipés que l'ASL. Cela leur permet de combattre et d'apparaitre comme les combattants les plus volontaires, voire les plus téméraires. Ils n'hésitent pas à se sacrifier pour leur cause. La première conséquence de cet état de fait, ce sont les islamistes qui récupèrent les armes abandonnées par les troupes loyalistes du gouvernement Assad étant donné qu'ils sont les plus présents sur le terrain. Deuxièmement, à des fins de communication, ils utilisent ces succès pour renforcer leur image auprès de la population, car pour ces fanatiques, leurs vies elles-mêmes sont des armes. A l'opposé, les rebelles laïques, voire démocrates, sont plus mesurés et réfléchis dans leurs actions, tout simplement parce qu'ils manquent d'armes, et ne sont pas des kamikazes. De fait, ils ne peuvent pas vraiment combattre. Les islamistes sont ainsi la principale opposition armée à Bacher El Assad. Armer les rebelles syriens, c'est donc permettre à la Rébellion démocrate et laïque de combattre.

Deuxième élément, ne pas armer les rebelles syriens, et à plus forte raison, maintenir l'embargo sur les armes, c'est maintenir un statu quo, qui est favorable aux troupes de Bachar El Assad, armées de chars, de missiles et d'hélicoptères de combat, contre des rebelles équipés de bombes artisanales et d'un armement hétéroclite qu'ils récupèrent après les combats. Lever l'embargo sur les armes permettra donc de corriger cette inégalité.

Armer la Rébellion syrienne est donc un moyen d'intervenir dans le conflit Syrien, pour renforcer le camp laïque et démocrate, à la fois contre les troupes d'Assad, et contre les mouvances islamistes qui font actuellement partie de cette Rébellion. C'est peut-être la meilleure chance que nous ayons de voir émerger un régime laïque, démocratique, et surtout, d'éviter qu'une guerre civilo-religieuse ou une épuration politique violente n'ait lieu à la fin de cette révolution, qu'elles soient menées par le parti Baath (Assad) ou par les islamistes.


Pour aller plus loin :

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/02/23/pourquoi-il-faut-armer-les-rebelles-syriens

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2013/08/01/en-syrie-la-menace-d-une-guerre-islamo-kurde

http://www.iris-france.org/Syrie: Une nouvelle étape

http://www.parti-socialiste.fr/dossiersur la Syrie


http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_civile_syrienne