Repenser le modèle économique : la révolution de l'économie coopérative

Nous ne pouvons pas continuer sur le modèle économique pensé tel qu'il est aujourd'hui.


En effet, poussés par notre volonté de faire des économies sur nos dépenses, nous forçons le marché à délocaliser les entreprises vers les pays à bas coûts de main d'œuvre, entraînant une désindustrialisation de notre continent.


La mise en concurrence perpétuelle de tout à tout : des biens, des données, des hommes, prônée comme la seule règle d'or pour que l'ensemble des intérêts individuels soient satisfaits ne peut que prolonger l'Europe vers un déclin culturel, économique et social.


On fait mieux ailleurs,moins cher ailleurs, alors pourquoi continuer à produire ici alors que l'on sait que l'on ne saura jamais compétitif ?


Pourtant, une nouvelle économie est à construire et le continent européen peut en être le fer de lance.


Loin de vouloir cantonner chaque agent à son rôle économique – un tel est consommateur, un tel est producteur, un tel est contribuable, etc. - cette économie avance l'idée de la mise en relation des agents et le partage de leur connaissances.


La satisfaction de l'intérêt particulier ne passerait plus obligatoirement par une mise en concurrence et une spécialisation exacerbée des agents entre eux, mais par leur collaboration, leur participation à la satisfaction d'un intérêt commun.


La pensée libérale de l’économie de marché cherche à spécialiser les fonctions de chaque agent. Un consommateur qui voit sa voiture en panne est obligé d'aller chez un garagiste qui lui facturera l'intervention, faisant tourner l'économie de marché. Libre à ce consommateur, toutefois, selon la théorie, de choisir le garagiste le moins cher.


Pourtant, ce même consommateur, s'il disposait de la connaissance nécessaire, pourrait se rendre compte que la panne est mineure et réparer son véhicule directement.


Ce dernier acte, a priori autonome et non économique, l'est en réalité car pour savoir que la panne est mineure, encore fallait-il qu'il le sache et qu'il dispose d'une connaissance que d'autres lui auraient dispensé.


Un acte économique est nécessaire, puisqu'on alloue une ressource rare, une connaissance, entre une offre et une demande, mais cela sans passer par le marché.


C'est l'ambition de l'économie coopérative : permettre à chacun de combiner production et consommation, investissement et amortissement grâce à l'échange et le partage entre individus, de biens, de services ou de savoir-faire. Il s'agit véritablement d'une économie du partage de la connaissance et de la mise en relation des personnes entre elles.


L'implication des agents économiques ne passent plus par une relation de chaîne (producteur-distributeur-consommateur-réparateur-recycleur-producteur-etc.), mais par une relation de confusion des rôles, d'interpénétration des comportements aboutissant à une redéfinition du cycle économique.


L'intérêt de celui qui offre est que le demandeur lui fasse confiance, et l'intérêt de ce dernier est que le premier lui offre davantage que ce qu'il a demandé parce qu'il lui fait confiance. Le demandeur permet à celui qui offre, par un retour d'échange, d'améliorer son offre.


C'est ce qui permet à un logiciel libre de pouvoir évoluer. Tous les agents sont sur un même pied d'égalité et partagent leur appréhension du logiciel, les difficultés qu'ils rencontrent en le manipulant. Ce partage permet aux programmeurs de pouvoir réaliser de nouvelles adaptations et garantit une meilleure réactivité du logiciel libre face au logiciel marchand, qui doit attendre son amortissement pour évoluer.


Si la réussite de ce nouveau modèle passe souvent par les liens dématérialisés du numérique, il permet toutefois une mise en relation physique des personnes dans de nouveaux lieux d'échange.


Les sites de covoiturage ou d'échange d'appartements sont autant de media qui permettent aux personnes de se rencontrer et d'échanger parfois plus qu'un bien ou un trajet.


L'objectif de cette économie est de responsabiliser les agents sur les relations qu'ils ont avec les autres partenaires de ce cycle économique. Il ne s'agit plus d'infantiliser le consommateur ou de déresponsabiliser le producteur en leur proposant une alternative entre le prix et le prix, mais de leur permettre de comprendre ce qu'ils achètent ou produisent et de leur donner une nouvelle perspective de leur action économique.


Aujourd'hui, des exemples poussent un peu partout pour assurer une relation de confiance entre les acteurs économiques. Un exemple est expérimenté par le Gouvernement français, il s'agit des contrats de filières.


Ils visent la responsabilisation des acteurs d'une filière industrielle pour garantir l’avenir de cette industrie. Ainsi ces contrats participent à la définition d'une vision commune sur l'avenir de la filière, définie par les partenaires sociaux membres de son comité stratégique afin de permettre à celle-ci de rester innovante et donc compétitive.


Il n'est plus question de concurrence entre les PME et les grandes entreprises leaders du secteur gardant chacune jalousement leurs secrets industriels, ou de lien de subordination entre le donneur d'ordre et ses sous-traitants. Il s'agit au contraire de permettre à tous ces acteurs de pouvoir prendre ensemble les décisions pour l'intérêt de la filière, en collaborant, en partageant, dans un climat de confiance.


Le partage des informations et des connaissances entre les acteurs de la filière leur permettront de mettre en commun leurs difficultés, leurs réussites, d'en faire le bilan et de pouvoir trouver des solutions en coopérant et en travaillant de concert à la résolution de ces défis communs.


Si cette expérience à grande échelle réussit, ce sera parce que l'ensemble des acteurs y auront vu un intérêt à agir de concert plutôt qu'en compétition.


Dès lors, d'une économie de marché concurrentielle pourrait poindre une nouvelle économie, sinon de marché, mais bien coopérative, contribuant à une redéfinition du cycle économique et permettant à l'Europe de se redresser économiquement.