L’alternative républicaine, l’appel des Nouveaux Partisans

Le texte fondateur, publié la première fois le 14 avril 2011.

Le testament du XXème siècle

Forgée par le début d’un militantisme ou le regard soucieux du partisan, alimentée par l’étude des faits ou la sensibilité du vécu, la conviction d’un changement de cycle historique s’installe et s’affirme de plus en plus ; la société des hommes est à nouveau en train de changer.

L’Etat, et en particulier dans sa forme d’Etat social, a marqué et a durablement structuré la société en étant le levier fondamental d’une action publique adossée à la légitimité républicaine de l’intérêt général. Dominant l’emprise sur les ressources et capitaux par la loi, il était doté des moyens objectifs pour faire les choix engageant et orientant la communauté sociale qui le composait. Lorsqu’il a été démocratique, il a été l’outil de nombreux progrès et de nombreuses conquêtes pour le compte du peuple et des travailleurs. Aujourd’hui, par le fruit des évolutions des systèmes et d’un rapport de force mal mené, l’Etat a petit à petit perdu les moyens du pouvoir.

L’Etat abattu, l’Etat impuissant

Les politiques de solidarités, liées à la question fondamentale du partage des richesses, sont dispersées entre différents niveaux de collectivités, sont morcelées en séparant leur définition, leur « alimentation » et leur exécution ; surtout, elles sont éclatées et saucissonnées pour être de plus en plus prises en charge par un secteur privé. L’intérêt général y devient, en-dehors du traitement de l’indigence, une simple addition des intérêts particuliers ; charge à eux de s’accorder.

Les politiques d’établissement, de direction et d’encadrement de l’infrastructure ont elles aussi suivi la même voie.

En effet, les secteurs stratégiques de l’action de la société glissent vers des opérateurs privés, soumis à la loi du marché. Que ce soit toute l’infrastructure de santé, de communication (dont les transports), la production et distribution de l’énergie ou encore l’ensemble de l’équipement public, mais aussi la recherche fondamentale comme appliquée, ces domaines ne sont plus régis par des perspectives d’avenir et des choix de société, mais par des objectifs de rentabilité. Il en découle une gestion à la petite semaine de notre pays, qui vise uniquement à régler les problèmes au moment où ils se présentent, par une solution de facilité, sans chercher à trouver une solution au long terme. Nous passons notre temps à réduire notre malheur plutôt qu’à construire notre bonheur.

Les marchés, qui étaient les lieux de l’échange marchand des produits, s’autonomisent du reste de la société par le processus d’indépendance de leurs régulateurs qu’étaient les leviers monétaires. Ils cèdent à la tentation d’accumuler l’argent pour finalité, et non pour ce qu’elle peut construire. Par cette indépendance, c’est toute une sphère économique supranationale qui est aspirée par la tentation de se déconnecter de l’économie réelle, qui elle est limitée aux ressources présentes sur terre et à la force de travail que les hommes peuvent décemment fournir. La disparition de l’arbitrage par la souveraineté populaire réduit les entreprises en vassalité d’un marché de plus en plus despotique, aux mains de nouveaux tyrans « éclairés » (banques centrales indépendantes, agences de notation, etc). Par exemple, sous prétexte de rendre la Banque Centrale Européenne « indépendante », les Universités « autonomes », la sidérurgie « compétitive », on supprime là des outils de régulation de la finance, là l’indépendance de la recherche scientifique ou encore la politique industrielle du pays, les droits sociaux des intérimaires et des sous-traitants. A chaque fois ce sont les cigales de la spéculation et des profits à court terme qui s’en mettent plein les poches, au détriment des fourmis qui bâtissent patiemment le monde de demain, un avenir pour leurs enfants.

Dans ce double mouvement, la vision de l’environnement comme espace nous entourant et dans lequel nous puisons nos ressources domine celle du milieu au sein duquel nous sommes installés. Alors même qu’il existe de par le monde des femmes et des hommes qui se battent jour après jour pour protéger la planète, leurs idées et leurs combats sont noyés dans une soupe de phrases concepts n’ayant d’autres buts que de prendre appui sur ces idées pour mieux vendre. Finalement, lorsque l’on place les grands gouvernements du Nord face à ce qu’ils défendent auprès du peuple, ils ne réagissent pas ou se contredisent ; au final, ils n’utilisent le développement durable que comme moyen de contrôle du développement réel des nouveaux acteurs de la scène internationale.

Dans ce double mouvement, l’intérêt général est de plus en plus soumis à l’affirmation d’une légitimité de performance technique pour elle-même, au dépend d’une légitimité humaine et populaire.

Enfin, les politiques instituant la cohésion socioculturelle nécessaire au vivre ensemble de la communauté sociale sont réduites dans leur essence et détournées dans leur substance. Pourtant pilier de ces politiques, l’école et le système scolaire est mis sous pression tant par la réduction de ses moyens que par son envahissement par les mêmes notions marchandes de résultats. Elle abandonne la construction des personnes humaines à la concurrence des média reversant le tribut de la publicité, vectrice des valeurs névrotiques du chacun pour soi, remplaçant l’être par l’avoir. Et au-delà de dégrader la qualité de l’éducation des élèves, cette destruction contribue à favoriser la reproduction sociale et nie l’essence même de la République : l’égalité de tous les citoyens devant elle. Les plus fragiles ne réussissent pas à s’épanouir et s’émanciper au sein de notre école : c’est le symptôme criant de l’échec du camp de progrès.

Est abandonnée aussi la paix et la tranquillité des hommes ; l’insécurité est permanente dans toutes les sphères d’une vie, articulée autour de la peur, et en particulier la peur de perdre ce que l’on a (son travail, son statut, ses biens…). Seule semble subsister une force répressive qui se limite à sanctionner déviants et délinquants pour gommer les externalités croissantes de l’érosion du vivre ensemble.

L’Etat recule parce que les forces du progrès ont reculé

Les outils du progrès ont été détricotés voir retirés. Le pouvoir réel, celui qui fait aboutir concrètement ses choix jusque dans la vie quotidienne des hommes, échappe de plus en plus à l’Etat et se trouve dilué dans une multiplicité de processus. La propriété des ressources, devenu le sujet du jeu des spéculations, devient totalement volatile et insaisissable dans une danse de morcellements et de recompositions permanents maîtrisés par un nombre restreint de groupes d’acteurs qui échappent à toute régulation de l’intérêt général.

Dans ces conditions, l’échec du progrès serait la victoire de la déconstruction méticuleuse de l’intérêt général ; ce serait une société d’individus divisés et isolés ; ce serait la fin d’un vivre ensemble sain, serein, juste et paisible.

A cette situation, il y a des origines inhérentes aux évolutions du système social, des contraintes ; mais elle est aussi la conséquence de choix et non-choix du camp du progrès, qui eux ne sont que des obstacles.

Les outils et leviers du rapport de force ont évolué aussi bien grâce aux progrès de la technique et de la technologie, que par une déformation de son champ d’exercice. Avec la fin du communisme et l’avènement de la mondialisation, le marché devint omniprésent et put accéder à presque l’ensemble des ressources de la planète. Avec la révolution numérique, une part conséquente des activités humaines ont pu devenir virtuelles et s’affranchir des contraintes matérielles, et par là engendrer de nouveaux modes et processus d’organisations.

Le camp du progrès, même s’il l’a voulu, n’a pas su prendre acte de la transformation des outils et de leur investissement par ses adversaires ; il n’a pas réalisé le débordement qu’ils ont opéré. Partant de l’outil étatique, le camp du progrès a été d’abord cerné, puis dépassé dans un rapport de force où il a, pas à pas, perdu des marges de pouvoir réel.

Aujourd’hui à maints égards, et beaucoup de militants le ressentent même intuitivement, cette perte de marges est vécue comme désarmante ; elle implique une inquiétude ou une faible confiance et foi dans les perspectives de la transformation sociale. Le progrès désarmé, c’est l’espoir, son moteur, qui aujourd’hui est atteint.

Il y a toujours un espoir

La mondialisation comme la révolution numérique sont neutres ; elles peuvent être investies par les valeurs et les buts du progrès social. On constate d’ailleurs que des résistances se mettent en place. L’Amérique du sud est un laboratoire des nouvelles gauches qui, même si elles ne sont pas transposables telles quelles sur les différentes situations nationales, expérimentent la reprise en main des leviers de l’action publique. Un peu partout il émerge timidement de nouveaux modes de production inspirés d’expériences plus anciennes qu’ont été le mouvement mutualiste et coopératif. Jusqu’à très près de nous, des nouvelles attentes, des nouvelles formes d’engagement et de militantisme bourgeonnent, fragilement, en-dehors des structures traditionnelles. Naissent de nouveaux citoyens.

L’engagement politique impose une dignité à ceux qui s’en revendiquent ; plus encore dans le camp du progrès, plus encore dans le camp du peuple. Jaurès l’appelait le courage : celui de chercher la vérité et de la dire. Mais plus encore, la dignité du partisan, c’est celle de faire : de ne pas rester les bras croisés en commentateur de l’actualité ; c’est celle de prendre ses responsabilités et de se battre pour ce qui est juste.

Alors, les militants convaincus, les nouveaux citoyens et les nouveaux partisans doivent s’unir et œuvrer, librement et dignement, à poser les paroles et les actes sans présomptions autres que la sincère volonté de victoire du camp du progrès.

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Vive la République !

La République c’est la communauté civile et politique de destins dans laquelle le pouvoir n’est la propriété de personne ; c’est « l’affaire de tous ». Elle est l’association des citoyens autour de la prise en main et la maîtrise collective des questions qui les concernent tous ; elle est l’outil dont les hommes se sont dotés pour construire leur destin. En France, la République est historiquement liée et adossées à la notion d’Etat et de Nation ; deux concepts désormais en recul. Aujourd’hui, pour le progrès, il tarde que la République soit réaffirmée dans son essence universelle. La vocation républicaine, celle de l’affaire de tous, ne s’arrête pas à la Nation française et ne s’arrête pas à l’Etat. L’éducation, la santé, la solidarité, c’est l’affaire de tous, et de la même manière, la production des richesses et leurs répartitions, l’exploitation de la terre et le travail des hommes, la valeur des monnaies et la paix entre les hommes, ce n’est pas l’affaire de spécialistes, c’est l’affaire de tous.

Le camp du progrès doit prendre conscience que sa réussite découlera de sa capacité à poser comme préalable la globalité de son œuvre. Il s’agit de renouer avec le projet de République Universelle qui prend désormais une signification bien plus moderne que jamais.

« Liberté, égalité, fraternité », genèse d’une République

La Révolution française de 1789 a été une révolution populaire, à l’aboutissement du siècle des Lumières. Elle substitua à l’Ancien Régime l’éclatante lumière de connaissances que représente le XVIIIème siècle. Dès lors, la victoire du « Peuple » sur la monarchie de droit divin laisse espérer aux peuples européens qu’à partir de cette date, nul besoin d’être « bien né » pour accéder aux fonctions les plus décisives de la société. Les citoyens naissent désormais « libres et égaux en droits ».

Cette victoire des révolutionnaires animés par des convictions démocratiques fortes marque d’abord l’avènement de la bourgeoisie qui sort victorieuse de la Révolution. Après avoir construit sa domination économique tout au long du XVIIIème siècle, elle remplace désormais la noblesse à la tête de l’Etat. Elite de fait de la société, elle en devient aussi l’élite officielle. En permettant ainsi le renversement des nobles par les bourgeois, la Révolution française instille l’idée que le pouvoir et les distinctions sociales doivent se fonder sur le mérite et non être hérités et que ce que l’on fait vaut davantage que ce que l’on prétend être.

Mais en s’installant au pouvoir, la bourgeoisie qui prônait le libéralisme, la société méritocratique et l’importance morale et économique du travail connaît une dérive conservatrice : elle s’aristocratise. Elle vit de plus en plus de la rente, développe une conscience de classe et organise la transmission filiale de ses acquis. Dès lors, l’appartenance à la bourgeoisie devient de plus en plus héréditaire et les classes sociales du XIXème siècle s’apparentent de plus en plus aux castes de l’Ancien Régime.

C’est en réaction à cette régression que de nouveaux courants politiques, dont en particulier le socialisme, voient le jour. Le socialisme vient directement contrer cette « aristocratisation de la bourgeoise », le « conservatisme » et la montée des inégalités. Proches de la classe ouvrière, les socialistes du XIXème siècle ne se résignent pas à ce que le pouvoir et les ressources soient confisqués par une minorité de capitalistes puissants. Ils vont dès lors combattre la politique menée par les libéraux et prôner une République égalitaire et garante des droits du peuple. Dès lors, leur combat généreux transcende le patriotisme : « prolétaires de tous les pays, unissez-vous » proclament-ils fièrement.

« Sans la République, le socialisme est impuissant ; sans le socialisme, la République est vide » [Jean Jaurès]

Les premiers socialistes qui sont souvent utopistes demandent l’égalité de traitement des citoyens et exigent de nouveaux droits pour les travailleurs. Républicains, ils aspirent à concilier égalité et liberté en s’opposant radicalement aux mouvements libéraux représentés par une partie de l’élite bourgeoise.

Le républicanisme se développe en France et en Europe au XIXème siècle, dans le prolongement de la Révolution Française. Les républicains considèrent la notion de « liberté » comme une valeur essentielle. Ils entrent néanmoins en confrontation avec ceux qui prônent le libéralisme, en prônant la confiance naturelle des citoyens vis à vis de l’Etat : les républicains attendent de la loi et de l’Etat la promotion des libertés et de la justice sociale. Le républicanisme est lié aux conquêtes démocratiques (suffrage universel), économiques et sociales. La République s’accompagne d’une exigence d’égalité. « Je n’ai jamais séparé la République des idées de justice sociale, sans laquelle elle n’est qu’un mot » dira Jean Jaurès.

Parallèlement à la diffusion des idées républicaines en Europe, un nouveau courant révolutionnaire se développe ; en opposition avec certaines des idées issues de la Révolution française, il s’appuie sur la pensée du philosophe matérialiste allemand, Karl Marx. Ce nouveau courant est l’embryon de ce qui va devenir le communisme qui fustige la Révolution de 1789 dans laquelle il ne voit qu’une transition vers une nouvelle phase du processus de la lutte des classes. Les communistes sont donc insatisfaits des acquis de la Révolution française et ont en outre un jugement hostile au capitalisme qu’ils estiment économiquement moribond et facteur d’aliénation pour les prolétaires, ceux qui n’ont que leur force de travail pour survivre. Ils prônent par conséquent la disparition des classes et la mise au point d’un système dans lequel la propriété des moyens de production ne serait pas privée ; ils militent pour installer la dictature du prolétariat.

Les socialistes français du début du XXème siècle sont un temps déchirés entre la tentation de rallier les forces communistes et leur attachement à la République, deux options a priori antagonistes. Le ralliement au projet communiste est difficilement compatible avec l’adhésion à la République qui est alors de fait nettement dominée par la bourgeoisie. De plus, la stratégie communiste implique de défendre des intérêts de classe tandis que l’adhésion aux valeurs de la République exige d’œuvrer pour l’intérêt général. Ce dilemme philosophique se présente à plusieurs reprises de manière concrète aux socialistes. C’est la cas par exemple lors de la controverse au sujet de l’affaire Dreyfus. Faut-il, comme l’affirment Jules Guesde et ses partisans se désintéresser de l’affaire au prétexte qu’elle concerne un membre de la bourgeoisie ? Ou bien, prendre la défense du capitaine Dreyfus au nom des valeurs de la République, comme le pensent Jean Jaurès et d’autres ? C’est donc au congrès de Tours, en 1920, actant la rupture avec le PCF, que la SFIO fera la synthèse des objectifs de la Révolution française et de la défense des intérêts de la classe ouvrière. Les socialistes sont parmi les premiers défenseurs de la République et jusqu’à la fin de la IIIème République Française, ils la soutiennent en prônant la synthèse entre l’égalité et la liberté.

La République universelle, pour réarmer la puissance publique

Un des phénomènes les plus dangereux pour la République est clairement la montée en puissance des communautarismes. Certains souhaitent privilégier le rassemblement des individus au sein de communautés d’appartenance au détriment de l’union républicaine. La socialisation dans de nombreux quartiers se fait dans des communautés qui espèrent se substituer à la citoyenneté. Les républicains doivent y opposer une société rassemblée, unie, autour d’un système protecteur fort et en qui le peuple peut avoir confiance.

    La construction européenne aussi doit être reprise en main par les peuples. La séparation des pouvoirs, la démocratie et l’efficacité exigent un principe de subsidiarité : une République Fédérale Européenne et des régions plus fortes qui se saisissent pleinement des leviers de l’action publique. Ce fédéralisme continental est la condition d’un nouveau contrat social.

Par ailleurs, il est clair que la mondialisation peut être une chance, qu’elle peut même être bénéfique aux peuples, même aux plus pauvres d’entre eux. Néanmoins, nul ne peut contester un fait : la mondialisation telle qu’elle est organisée aujourd’hui est néfaste aux pays et aux peuples. Cette mondialisation détruit les économies locales, fragilise l’économie de certains pays pauvres et surtout lorsqu’elle permet la production de richesse, ces profits ne profitent pas aux citoyens.

L’affaiblissement de la République est clairement conséquent de l’effacement de la démocratie. La démocratie exige la participation des individus à la vie politique au sens large : du débat institutionnel d’orientation à la structuration matérielle de la société et de ses ressources. La démocratie ne se limite pas à la désignation des représentants des citoyens dans les institutions de l’Etat ; elle est aussi sociale et fait pertinemment sens dans le champ de la production, dans le monde économique. Si celui-ci se défait de l’emprise de l’Etat, il ne peut se soustraire à la République car il est l’affaire de tous ; il ne peut échapper à la démocratie au nom d’une prétendue efficacité. En effet, la dernière crise en a fait l’ardente démonstration : les entreprises les plus solides ont été celles régies en système coopératif ou en régime cogestionnaire, où les représentants du travail comme du capital décidaient ensemble de la marche à suivre. En cela, les syndicats et les mutuelles demeurent les partenaires du progrès et les alliés de la démocratie.

Abimée par la logique capitaliste, la démocratie institutionnelle est aussi menacée par l’abandon et la perte de foi de ses acteurs. Non, elle n’est pas le moins pire des régimes ; elle n’est qu’incomplète. Dès lors, les individus ne sentent pas toujours représentés par les partis politiques, ils délaissent la vie politique en choisissant l’abstention ou se tournent vers des partis extrémistes. Il est urgent pour la République de se réconcilier avec les citoyens et de proposer un projet qui les intéressera et dans lequel ils pourront être acteurs. Les partis politiques ont la lourde responsabilité et dignité d’être les animateurs du débat institutionnel ; par leur parole et leurs actes ils incarnent l’esprit démocratique. Ils doivent alors retrouver le courage de s’ouvrir et cesser de cultiver, dans l’ombre et la confidence inassumée des coupables, le culte de leur propre élitisme.

La République, parce qu’elle doit être universelle, doit réaffirmer son emprise démocratique sur l’ensemble de la société. Quand bien même il ne s’agit pas de tenter une vaine réanimation de l’Etat, le principe républicain doit s’étendre pour rendre à la démocratie la maîtrise du destin de l’humanité. De la même manière que la République universelle implique la démocratie des hommes en tant que genre, elle implique la démocratie des hommes en tant que travailleurs. Et parce qu’elle est universelle, la République est par essence laïque : sans juger ni encore moins étouffer les richesses des communautés culturelles, elle doit les dépasser pour unir les hommes autour d’elle, leur vrai bien commun.

Reprendre la marche de la transformation et du progrès social

L’école, l’instruction et l’éducation reste la mère de toute les batailles. Afin de protéger notre système républicain fondé sur l’égalité des citoyens, il faut agir en faveur d’une éducation républicaine et populaire, accessible à tout le peuple, garante de notre émancipation. Elle doit être à la pointe de la construction de citoyens libres et égaux, condition sine qua non à la mobilisation du peuple pour le progrès. La première des réformes est clairement de consacrer une plus grande partie de la richesse à l’éducation. Par ailleurs, une véritable réforme de l’éducation du primaire au secondaire doit avoir lieu. Cette réforme, au contraire des réformes présentées ces dernières années par les ministres de l’éducation, doit se construire avec le travail des partenaires sociaux : syndicats de l’éducation, associations de parents d’élèves, syndicats lycéens, etc.

Nous avons su, auparavant, en tant que réformistes, défendre des réformes sociales qui transforment radicalement notre société. Nous devons aujourd’hui encadrer cette mondialisation par des réformes sociales et économiques. Nous avons su défendre des projets permettant de protéger nos concitoyens : les 35 heures sont un bel exemple de réforme juste et sociale. Au-delà de ces réformes sociales, nous devons aller plus loin : notre programme doit objectivement mobiliser les fondements du socialisme pour permettre la justice sociale et combattre les ennemis de la liberté. Ce socialisme du XXIème siècle doit nous permettre par des réformes successives, de limiter l’impact du marché sur les travailleurs, sur les classes moyennes et défavorisées. La République, pour ne pas être qu’un mot, doit protéger les citoyens contre les dérives de la mondialisation.

Si la République cède encore davantage devant les attaques dont elle est victime (remise en cause de l’importance du rôle de la puissance publique par les marchés économiques, progression du communautarisme, casse de l’éducation), la société risque de ne plus être qu’un agrégat de groupes d’individus ne possédant aucun lien entre eux, et d’être dominée par les derniers qui auront réussi à progressivement dépouiller la démocratie. La fragilisation du vivre ensemble facilite également la dangereuse montée en puissance des populismes qui portent un discours anti-élite simpliste, appuient leurs discours d’arguments intuitifs, sentimentaux, et nient les différences sociales entre les individus. Tout comme il serait étrange de parler d’une seule jeunesse, il n’est pas pertinent de parler du peuple comme un groupe homogène d’individus. Il faut s’opposer au populisme en cultivant le respect profond, sincère et fondamental du peuple : la politique doit à tous la transparence et la vérité. Être pragmatiques et moderne, c’est reprendre à notre compte ce que Jaurès disait : « Le courage, c’est de chercher la vérité, et de la dire ».

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Militants jeunes et socialistes, à quoi prétendre aujourd’hui ?

Être digne de son engagement, c’est l’aborder dans et pour sa finalité ; c’est le respecter dans sa formulation différente d’un militant à l’autre qui, chacun, l’investi de ses valeurs et de son éthique. Dans un monde dominé par le superficiel et le paraître, l’engagement gagne par sa sincérité. Respecter la sincérité de l’engagement, enfin, c’est l’admettre dans la multiplicité de ses dimensions et de ses intensités. Aspirer à un militantisme d’expert opposé à un militantisme de masse, c’est se soumettre à l’unique légitimité de la performance technique. L’engagement est certes une passion pour certains, il n’en demeure pas moins une dignité pour tous.

Ce nouvel engagement doit s’accompagner des nouveaux outils à notre disposition ; il doit pouvoir s’appuyer sur la richesse des perspectives qu’ils offrent, notamment en termes d’organisation. Les réseaux sociaux continuent de faire évoluer les méthodes de diffusion ; les plateformes numériques facilitent et fluidifient les modes de production et de travail mutualisé et coopératif. Ces évolutions techniques amènent à radicalement changer les habitudes de militantisme.

Une nouvelle perspective républicaine et une nouvelle citoyenneté appellent à fonder un nouveau militantisme

Il est grand temps de décloisonner la multiplicité et l’isolement des instances de contrôle et d’encadrement ; il est temps d’arrêter de craindre l’atténuation du principe hiérarchique au profit d’une véritable transversalité militante confiante en l’intelligence collective. Nous ne devons pas mimer une ouverture mais réellement agir pour que notre organisation s’ouvre. Sans être naïf sur la nécessité d’avoir des règles, celles-ci sont appelées à évoluer non seulement pour laisser s’exprimer un nouveau foisonnement militant, mais aussi plus simplement car elles ne correspondent plus aux nouveaux principes de l’engagement.

En outre, engagés dans un parti politique, nous devons aussi nous remettre en cause et avoir une critique constructive de notre parti. Les socialistes doivent essayer de représenter la diversité de la population. Le faible renouvellement de la classe politique à gauche est de manière indubitable un facteur important du manque de confiance dont pâtit notre parti. Notre parti doit s’ouvrir, se démocratiser et être plus en phase avec la population Française. Le non cumul des mandats, la représentation de la diversité de la population Française, une représentation politique plus jeunes : autant de combats à mener ces prochaines années.

Nous aspirons à un MJS qui ne reproduise par les travers, les inerties et les craintes habituelles des organisations partisanes. Nous aspirons à un MJS qui soit ouvert et accueillant pour se laisser traverser par les aspirations sociales et générationnelles. Les jeunes socialistes doivent pouvoir être le débouché évident des combats pour la construction d’un autre avenir. Nous aspirons à un MJS qui prenne avec courage ses responsabilités politiques en tant qu’acteur de la gauche française. Nous croyons en ce que le MJS puisse être le terreau d’un nouveau mouvement que l’on retrouve déjà naissant dans le mouvement social et associatif. Nous le croyons parce que le MJS a déjà été plusieurs fois au cours de son histoire celui par lequel des militants ont pris en main leur droit à l’avenir.

Les jeunes socialistes, parce qu’ils sont à l’avant-garde du progrès, doivent se réapproprier l’idée de République car c’est par elle que la gauche réussira à proposer un projet global réellement socialiste.

Progressistes parce que nous avons foi en le sens de l’Histoire, humanistes parce que nous aimons l’humanité, et réformistes parce que conscients que le changement ne se décrète pas, soyons les nouveaux partisans de la République, au service de la transformation sociale et de l’alternative politique.