Vive la République !

Vive la République !

En 1931, à l’adresse du peuple espagnol pris dans les tourments d’une crise économique, politique et morale, le Docteur Ortega lança « Votre Etat n’est plus ! Reconstruisez-le ! ». Le 14 avril de la même année, la IInde République espagnole était proclamée. Au quatre-vingt-et-deuxième anniversaire de cette proclamation, le peuple espagnol est plongé dans une résonnance sans pareil avec son Histoire. Une profonde crise économique et sociale est accompagnée par une tout aussi profonde crise politique et morale, sabordant progressivement la légitimité de tout l’Etat, de la Couronne aux institutions parlementaires.

Bien que l’Espagne ne soit évidemment pas épargnée par des mouvements de tentations nationalistes, réactionnaires voir même fascisantes, un renouveau du mouvement républicain se dessine. Depuis les indignados jusque dans les syndicats et dans les partis politiques, en passant par la société civile, les trois couleurs, sang, or et violette, refont surface comme étendard de l’aspiration à une société nouvelle, faite de liberté, d’égalité et de fraternité.

Au-delà de l’Espagne, où règne encore une dynastie, c’est aussi en France et partout en Europe qu’une aspiration fondamentalement républicaine alimentera la réaffirmation du projet de société progressiste face à la multiplication des scepticismes désenchantés, du repli sur soi, ou, pire encore, à la fondation des derniers espoirs sur l’attente en un sauveur.

Si citer Gramsci est un marronnier dans les organisations de jeunesse militante de gauche, l’interpellation sur le sens simple et profond de ses mises en garde est malheureusement noyée dans les effets de manche. Pourtant, lorsque l’auteur italien prévient que c’est dans les aurores que naissent les monstres, il y pointe singulièrement le sens de nos propres regards. Un monstre, c’est quelque chose que l’on regarde, et c’est par notre regard qu’il est monstre. Un monstre, c’est quelque chose qui se manifeste à nous et obnubile notre vue, au point de nous aveugler sur tout le reste. Les sauveurs sont des monstres. Qu’ils se jettent à nous par eux-mêmes où qu’ils nous soient jetés par d’autres, ils appellent tous à ce que nous placions notre destin entre leurs mains. Ils obtiennent de nous la délégation la plus totale de nous diriger vers l’avenir. « Ni dieux, ni césars, ni tribuns » dit, à bon entendeur, l’hymne international.

La République, même si comme toute idée et tout outil elle peut être dévoyée, est par essence l’affirmation qu’il n’y a pas de sauveurs. Elle est ni plus ni moins que l’affaire de tous, donc par définition, pas celle d’un seul. Elle peut se limiter au champ politique, elle peut s’adosser à une Nation. Mais elle peut aussi être l’union de tous les peuples. Elle peut être sociale, économique, et s’appliquer à la création des richesses et à leurs répartition. Elle est l’outil que se donnent les peuples pour maîtriser leur destin ; elle est la marche permanente qui unit les hommes dans une même édification. Sa vocation est universelle.

L’anniversaire de la proclamation de la Seconde République espagnole est l’occasion d’affirmer que c’est dans toute l’Europe – et même au-delà – que le projet républicain est celui qui, par excellence, s’oppose au risque réactionnaire. C’est une conviction nécessaire à la gauche de gouvernement pour la guider dans le vacarme et la houle de la crise.

C’est son nom que l’on devine lorsque nos concitoyens expriment leur attachement au service public et à la sécurité sociale. C’est son bras que les travailleurs appellent lorsqu’ils demandent l’intervention de l’Etat. C’est sa voie que l’on poursuit lorsqu’on espère et construit plus de régulations internationales et plus de justice. La République.

La crise globale dans laquelle nous avons plongé fait peser de lourds risques d’égarements économiques, sociaux, culturels et politiques. Si nous sommes convaincus qu’il n’y pas de solutions justes et viables dans aucuns reculs ni replis, alors nous devons nous remettre à l’ouvrage de la République universelle, et écrire dans son geste les nouvelles étapes du progrès social. L’Islande, à sa manière, l’a entamée. A quand les socialistes et socio-démocrates du continent refixeront-ils leur cap vers elle ?

Nouveaux Partisans, cette boussole nous accompagne depuis nos premiers pas.

« Donnez du pain aux hommes, et ils se battront.
Donnez-leurs une cité à bâtir, et ils deviendront frères. »

[Jean Jaurès]