Les manifestations au cœur de Paris de « jeunes de banlieue » : Une lecture anéantissant les enjeux sociaux sous jacents.

Les manifestations au cœur de Paris de « jeunes de banlieue » : Une lecture anéantissant les enjeux sociaux sous jacents.

L’image de ces jeunes de banlieues investissant la place de la concorde a affolé. Dans ce quartier Bourgeois, qui concentre la richesse une sorte de « ghetto du gotha » s’est retrouvées, jour de la journée nationale du patrimoine, une bonne centaines de jeunes devant l’ambassade américaine pour manifester au nom de la défense de l’Islam.

La réactivation de la peur des extrémistes musulmans renait de manière virulente. Des émissions spéciales voient le jour, les politiques sont interrogés à ce sujet, la sortie de Charlie Hebdo rajoute du contenu factuel, alimentant les rédactions d’un bon vieux marronnier désormais connu, l’Islam contre la liberté d’expression. Dans le même temps, les représentants du culte musulman prennent la parole pour condamner les jeunes et défendre la liberté d’expression, qui n’est ici pas vraiment le sujet.

Car ce qui se joue vraiment dans cet épisode est une nouvelles fois une négation de processus sociaux pourtant visibles et connus. Il faut, en effet, saisir que la force des images de cette manifestation était principalement une rupture de l’ordre symbolique dominant. Ces jeunes portant sur eux l’habitus des zones géographiques reléguées manifestant un message politique en plein cœur du 8ème arrondissement de Paris paraissait incroyable, hors de l’entendement. Nous disons message politique, car au travers du religieux, il traduit un mal être social profond. L’analyse des faits a montré que beaucoup de ces jeunes ne sont pas de fervents musulmans pratiquants mais ont plutôt baigné dans la culture musulmane. En défendant le prophète, ils tentent maladroitement de donner du contenu politique à leur mal être. Maladroitement car ne répondant en aucun cas au processus de mobilisation politique légitime, tant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, dans une république laïque faire passer un message politique au travers du religieux ne peut fonctionner, et sur la forme ne pas déclarer une manifestation, la rend de fait illégitime. On comprend ainsi que ce mouvement assez spontané, perd sa portée politique et son traitement ne se fait d’ailleurs jamais sous cet angle.

Pour autant, il n’en est pas moins l’expression d’un mal être social que nous connaissons depuis des années et qui va trouver sa réponse politique au travers de l’Islam, cette fois ci. En effet, il semble que la relégation de certaines zones géographiques, dans lesquelles la république a perdu pied, entraine des réponses politiques qui ne peuvent donc intégrer les codes républicains nécessaires à la participation politique. C’est en perdant de son universalité, et sa visée de déploiement territorial égalitaire qu’elle favorise un communautarisme politique nocif. Le cercle vicieux se referme puisque n’intégrant pas les codes nécessaires à l’expression politique, le message politique en devient inexistant, renforçant ainsi les lectures les plus éloignées de la participation légitime. La mobilisation du religieux n’est pas un fait anodin, il provient, il nous semble d’un double phénomène. Tout d’abord, la tentative dans certaines zones reléguées et abandonnées de la république de trouver un ordre social annexe, alternatif à l’ordre républicain disparu, se fait jour. Mais aussi, ces zones regroupant souvent des français issus de la dernière vague d’immigration maghrébine, vont être impacter par les développements politiques de ces pays. Or on observe que la construction du contenu de l’Islam politique est aujourd’hui au cœur, dans le Maghreb et le Moyen-Orient, des conflits politiques et des mobilisations sociales.

Ainsi nous ne souhaitons pas défendre les moyens politiques utilisés, mais montrer que le message est bel et bien social et donc politique. Le message sous-jacent est celui de la réalité d’une inégalité sociale de plus en plus forte, produit par un régime économique et politique particulier. Réintroduire la république est donc un enjeu majeur afin de permettre au mal être social de se réduire, et de trouver son expression dans le cadre légitime qu’est celui de la république.