La réduction d’un mouvement social en un mouvement communautaire.

La réduction d’un mouvement social en un mouvement communautaire.

Il est parfois étonnant de regarder, d’observer la manière dont un cadre communicationnel s’impose au sein des secteurs politiques et journalistiques.

La lecture de ce qui se joue actuellement dans les pays dits « musulmans », autour des manifestations contre les institutions américaines est d’un vide abyssale. Une fois de plus la réduction opérée est dure à avaler. Un film, en tant que tel, ne provoque jamais de mobilisation politique sans qu’il y ait au préalable nombre d’enjeux et de conflits sous-jacents.

Les enjeux qui traversent les sociétés du Moyen-Orient et du Maghreb sont fortement corrélés à la situation d’incertitude politique, économique, sociale qui suit cette période d’instabilité politique. Dans cette période se joue la construction d’une « logique » des évènements passés, c’est la confrontation de ces lectures diverses qui nouent les processus sous-jacents au fondement de la représentation politique. Ainsi, le monde arabe, traversé par ces propres antagonismes sociaux entre sunnites et chiite autour, notamment, du conflit de légitimité à parler au nom de l’Islam est donc réactivé. A chaque période d’incertitude politique la réactivation de ce conflit se fait jour et agit comme processus de mobilisation sociale, il n’est donc pas étonnant que dans la période actuelle on puisse observer, une fois de plus, ce conflit. Un Iran isolé, son allié Syrien en difficulté, réactive donc ce clivage pour imposer sa légitimité à parler au nom de l’Islam et de la Houma (communauté des musulmans). Le but est donc, dans une période ou l’Islam politique est en mutation de peser sur sa définition afin de recouvrir une force géopolitique et une assise dans le Moyen-Orient. Il faut comprendre l’Islam politique comme la construction d’une alternative politique au capitalisme et au communisme, une forme de 3ème voie activant les ressorts sociaux des pays arabes. Dans ce cadre, les exactions commises contre les ambassades américaines sont le fait de ceux ayant la lecture la plus extrémiste de l’Islam politique, entité politique multiple, traversée de conflits et de luttes. Affirmé que l’Islam politique est défini et forme un bloc est d’une bêtise sans nom.

La mise en place de la Charia en Libye, la victoire des frères musulmans en Égypte, ou celui du gouvernement tunisien, offrent une vision de l’Islam politique bien différente et multiple selon les zones géographiques et les contextes politiques. Ce qui uni ces mouvements est une tentative de retranscription politique d’enjeux sociaux particulièrement forts. Le modèle libéral, globalisé de l’économie international n’a permis que partiellement à ces pays de connaître un essors, permettant un développement social plus égalitaire. La pauvreté, les inégalités, débouchent toujours sur une lecture de ses conditions, à partir desquelles vont se jouer les antagonismes politiques. Ainsi dans le fait de manifester, ou de ne pas manifester, de manifester dans le calme ou dans la violence, se joue des processus politiques et sociaux particulièrement forts.

Ainsi une fois de plus nous réduisons des mouvements sociaux et politiques à une démarche communautaire. Si le cadre de justification qui s’impose est celui de l’Islam politique, alors oui, les enjeux autour de la parole du prophète et de l’image qui en est véhiculée ou la lecture du Coran sont des enjeux politiques, car ils traversent les différents segments sociaux de ces sociétés. Le social s’exprime différemment en fonction des lieux, des contextes, mais il part toujours d’une objectivation de la réalité, vécu comme insoutenable. Ne pas prendre en compte cela, c’est exonérer un système monde injuste et d’une violence symbolique d’une force inouïe.